À l’approche des fêtes de fin d’année, le gouvernement haïtien a publié un communiqué triomphaliste saluant la « renaissance » du Champ de Mars, haut lieu symbolique de la capitale. Présenté comme le fruit d’une « action concertée » et d’un « profond respect des institutions républicaines », ce chantier d’embellissement est érigé en modèle de cohésion nationale. Mais derrière les formules lyriques et les envolées institutionnelles, le contraste avec la réalité du pays est saisissant.

Alors que l’insécurité gangrène toujours la capitale, que les services publics sont à l’agonie et que les institutions démocratiques sont en lambeaux, la réhabilitation d’un parc urbain, aussi emblématique soit-il, sonne comme une diversion cosmétique. Le gouvernement tente de faire briller quelques lampadaires et de repeindre quelques bancs pendant que le pays s’enfonce dans une crise multidimensionnelle.
Le communiqué évoque une « réappropriation progressive des territoires » et une « restauration de la confiance collective ». Pourtant, le Champ de Mars, naguère cœur civique de la République, reste encerclé par des zones sous contrôle de groupes armés. La population, elle, continue de fuir les quartiers périphériques, livrés à la violence. Dans ce contexte, parler de « sécurité » et de « cohésion sociale » relève davantage de la rhétorique que d’une réalité tangible.
En outre, ce texte insiste sur la « stabilité nationale » et la « préparation d’élections libres et démocratiques ». Or, à ce jour, aucune feuille de route crédible n’a été rendue publique pour organiser un scrutin transparent. Le Conseil présidentiel de transition, qui gouverne sans légitimité électorale, semble davantage préoccupé par la consolidation de son pouvoir que par le rétablissement effectif de l’ordre constitutionnel.
Ce communiqué s’inscrit dans une stratégie de communication bien rodée notamment occuper l’espace médiatique avec des gestes symboliques, détourner l’attention des véritables urgences, et donner l’illusion d’un État en action. L’embellissement du Champ de Mars devient ainsi une vitrine, un décor de façade destiné à masquer l’effondrement des institutions et l’absence de réponses concrètes aux souffrances quotidiennes des citoyens.
Pendant que l’on plante des fleurs au centre-ville, certains hôpitaux ont été pillés et incendiés ainsi que les pharmacies trouvant au bas de la ville, les écoles ferment leurs portes, et les tribunaux sont paralysés. L’unité nationale, invoquée à plusieurs reprises dans le texte, ne saurait se décréter à coups de peinture fraîche. Elle se construit par la justice, la transparence, et la participation citoyenne autant de piliers aujourd’hui fragilisés.
Le Champ de Mars a longtemps été un lieu de rassemblement, de mémoire et de revendication. Le réduire à un simple espace vert à embellir, sans s’attaquer aux causes profondes du chaos ambiant, revient à trahir sa vocation première. Ce n’est pas un parc rénové qui restaurera la confiance d’un peuple trahi, mais des actes forts, la lutte contre l’impunité, la refondation des institutions, et la tenue d’élections crédibles.
En somme, ce communiqué illustre une tendance inquiétante, celle d’un pouvoir qui confond gouverner avec décorer, et qui croit pouvoir peindre par-dessus les fissures béantes d’un État en crise. Le Champ de Mars mérite mieux qu’un lifting de circonstance. Il mérite de redevenir le véritable cœur battant d’une République debout.
La Rédaction
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