À l’approche de l’échéance constitutionnelle du 7 février, alors que le pays s’enfonce dans une crise sécuritaire, institutionnelle et sociale sans précédent, les signataires de l’Accord de Montana refont surface avec une nouvelle proposition présentée comme une alternative politique. Une initiative qui, loin de rassurer, soulève de sérieuses interrogations sur sa pertinence, sa légitimité et sa capacité réelle à sortir Haïti de l’impasse.

Décodage Info, le 30 décembre 2025.
Annoncée le 21 décembre 2025, cette proposition n’est en réalité ni nouvelle ni véritablement innovante. Elle s’inscrit dans la continuité d’une série de projets de transition déjà rejetés ou restés sans effet, portés par les mêmes acteurs qui, depuis plusieurs années, peinent à transformer leurs discours en résultats concrets.
Soutenue par le Dr Jean Hénold Buteau et certaines organisations sociopolitiques, cette initiative se réclame d’une démarche inclusive. Pourtant, elle continue d’exclure de larges pans de la société haïtienne, notamment les populations les plus affectées par l’insécurité, ainsi que des forces politiques et sociales qui ne se reconnaissent pas dans l’Accord de Montana. Le fossé entre les promoteurs du projet et la réalité du terrain reste béant.
Alors que le pays est paralysé par la violence des gangs, l’effondrement des services publics et une méfiance généralisée envers la classe politique, les signataires de l’Accord de Montana semblent davantage préoccupés par des réaménagements institutionnels que par des réponses concrètes aux urgences quotidiennes des citoyens. L’échéance du 7 février, présentée comme un moment critique, est ainsi instrumentalisée pour relancer une initiative dont la portée réelle demeure incertaine.
Le cadre de transition proposé prévoit notamment le départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, décidé par le Conseil présidentiel de transition. Cette exigence, formulée sans mécanisme clair de légitimation populaire, renforce l’impression d’une logique de partage du pouvoir entre élites politiques plutôt que d’une véritable refondation institutionnelle.
La création d’une « Conférence des acteurs » est également mise en avant comme un espace de dialogue national. Toutefois, l’expérience récente montre que ce type de structure tend à devenir un forum de plus, dominé par les mêmes organisations et figures politiques, sans impact réel sur la gouvernance ou la sécurité. La multiplication de ces instances consultatives a souvent contribué à diluer les responsabilités plutôt qu’à produire des décisions efficaces.
La proposition d’un Conseil présidentiel réduit à trois membres est présentée comme un gage d’efficacité. Or, aucune garantie n’est apportée quant à la transparence de leur désignation, ni sur leur capacité à éviter les conflits internes qui ont miné les précédentes expériences de gouvernance collégiale.
Quant à l’Organe de Contrôle de la Transition (OCAT), censé surveiller l’Exécutif et renforcer la crédibilité du processus, il soulève de sérieuses réserves. Composé de membres issus de la même Conférence des acteurs, cet organe risque davantage de fonctionner comme un cercle d’auto-contrôle que comme une véritable instance indépendante. Dans un pays où la défiance envers les institutions est profonde, ce type de mécanisme peine à convaincre.
La stabilité gouvernementale invoquée par les signataires apparaît elle aussi paradoxale. Limiter la révocation du Premier ministre et encadrer strictement les remaniements peut certes réduire l’instabilité, mais cela peut aussi figer un exécutif inefficace, sans réel mécanisme de reddition de comptes devant la population.
Au final, les signataires de l’Accord de Montana admettent eux-mêmes que leur proposition ne constitue pas une solution définitive. Elle reste une esquisse, renvoyant à une future feuille de route aux contours flous. Dans un contexte d’urgence extrême, cette absence de clarté renforce les doutes sur la capacité de cette initiative à répondre aux défis immédiats du pays.
Plus qu’une véritable alternative, cette nouvelle proposition donne l’impression d’un recyclage politique, porté par des acteurs qui peinent à se renouveler et à convaincre. Alors que la population haïtienne attend des mesures fortes contre l’insécurité, la corruption et l’effondrement de l’État, le débat semble une fois de plus confiné à des arrangements institutionnels déconnectés des réalités du pays.
L’histoire récente d’Haïti a montré que les transitions mal définies et sans ancrage populaire aggravent souvent les crises qu’elles prétendent résoudre. À ce titre, l’initiative issue de l’Accord de Montana apparaît moins comme une sortie de crise que comme un épisode supplémentaire d’un cycle politique qui peine à se réinventer.
La Rédaction
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