La République dominicaine cherche à nouveau à se positionner comme défenseur des valeurs démocratiques en Amérique latine. Mais la dernière prise de parole officielle du président Luis Abinader sur la situation au Venezuela révèle surtout une ligne diplomatique prudente, sélective et soigneusement calibrée, davantage guidée par l’équilibre des intérêts que par une cohérence de principes.

Décodage Info, le 3 Janvier 2026.
Dans un communiqué publié ce samedi, le gouvernement dominicain indique suivre « attentivement » l’évolution du contexte politique vénézuélien et rappelle qu’il n’a jamais reconnu Nicolás Maduro comme président légitime depuis l’élection de juillet 2024. Cette position, régulièrement réaffirmée, n’apporte toutefois aucun élément nouveau et demeure essentiellement déclarative, sans initiative diplomatique notable ni action concrète sur la scène régionale ou internationale.
Luis Abinader évoque également l’adhésion de son administration à la Déclaration de Saint-Domingue d’août 2024, texte appelant au respect de la volonté populaire du peuple vénézuélien. Or, cette référence contraste fortement avec les silences du communiqué face aux événements récents qui ont profondément bouleversé l’équilibre politique du Venezuela, notamment l’intervention militaire américaine ayant abouti à l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse.
L’absence totale de réaction officielle à cet épisode, ni condamnation, ni soutien, ni même analyse, interpelle. Elle suggère une volonté délibérée d’éviter toute prise de position claire sur une intervention étrangère pourtant lourde de conséquences pour la souveraineté et la stabilité démocratique du pays concerné.
Le discours présidentiel s’appuie par ailleurs sur la rhétorique de la « fraternité historique » entre les peuples dominicain et vénézuélien, tout en se limitant à des appels généraux à la paix, au dialogue et à l’unité nationale. Une approche consensuelle qui évite soigneusement les sujets qui fâchent et les responsabilités internationales.
« La République dominicaine sera toujours du côté de la démocratie, où que ce soit, quand que ce soit et face à qui que ce soit », affirme le chef de l’État. Une formule forte, mais dont la portée est affaiblie par une prudence excessive et une dépendance manifeste à l’égard des orientations des grandes puissances, en particulier dans un contexte de forte polarisation géopolitique.
Alors que la Caraïbe et l’Amérique latine traversent une phase de recomposition stratégique, marquée par des tensions croissantes et des interventions externes, les prises de position dominicaines peinent à s’inscrire dans une vision régionale cohérente. Le mutisme des autorités haïtiennes face aux événements vénézuéliens contribue d’ailleurs à accentuer le sentiment de désordre et de fragmentation politique dans l’espace caribéen.
Au final, derrière un discours officiellement attaché aux valeurs démocratiques, la posture du président Luis Abinader apparaît moins comme un engagement ferme que comme un exercice d’équilibre diplomatique, où la prudence stratégique l’emporte sur la clarté politique.
La Rédaction
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