Ports haïtiens : l’État absent, les gangs imposent leur loi

Decodage info, 14 janvier 2026

Alors que la route nationale reliant Port-au-Prince au Sud du pays est devenue quasiment impraticable en raison de l’insécurité armée, la voie maritime s’est imposée comme l’unique alternative pour des milliers de commerçants et de citoyens. Mais derrière cette solution de fortune se cache une réalité préoccupante : un système désorganisé, dangereux et largement dénoncé, dans lequel l’Autorité Portuaire Nationale (APN) est accusée de fermer les yeux sur des dérives exposant les usagers aux groupes armés.

Pour expédier leurs marchandises par bateau vers des villes comme Petit-Goâve ou Miragoâne, les commerçants doivent obligatoirement disposer d’un conteneur, un véhicule chargé d’assurer le transport terrestre une fois arrivés dans le Sud. Or, selon de nombreux témoignages concordants, l’accès à ces véhicules est aujourd’hui largement contrôlé par des gangs armés qui dominent les zones de transit.
Sans conteneur, les marchands se retrouvent bloqués à l’entrée des installations portuaires de l’APN, parfois pendant plusieurs jours. Certains sont contraints de dormir à même le sol devant les barrières, dans l’attente d’une autorisation d’accès. Une situation d’autant plus alarmante que ces espaces sont réputés très vulnérables sur le plan sécuritaire, exposés aux actes de banditisme et à l’insécurité armée.

Pour les commerçants, cette réalité constitue une double peine. Déjà pénalisés par la fermeture de facto des axes routiers nationaux sous le contrôle des groupes armés, ils se heurtent ensuite à des procédures administratives rigides, sans mécanismes d’accompagnement ni mesures d’urgence adaptées au contexte exceptionnel que traverse le pays. « On fuit l’insécurité de la route pour tomber dans l’insécurité devant les ports », confie un marchand, visiblement épuisé.

Plusieurs observateurs dénoncent une situation portant atteinte à la dignité des citoyens et nuisant à l’image d’une institution publique censée faciliter la circulation des personnes et des biens. Pour une entreprise publique comme l’APN, ces pratiques sont perçues comme une forme d’humiliation collective, renforçant le sentiment d’abandon ressenti par des populations déjà fragilisées.

Dans un contexte où le transport maritime est devenu un maillon vital de l’économie nationale et de la survie de milliers de familles, des voix s’élèvent pour exiger une révision urgente des procédures de l’APN. Les usagers réclament notamment des mécanismes plus souples, des guichets d’urgence, ainsi qu’une sécurisation accrue des abords portuaires afin d’éviter que des citoyens soient livrés à eux-mêmes dans des zones à haut risque.

La Rédaction

DÉCODAGE lNFO

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