Décodage Info, 19 janvier 2026
Depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, Haïti est plongé dans une crise politique sans fin, alors que le pays était déjà au bord du chaos avant cette tragédie. Dès le 7 février 2021, une partie de l’opposition réclamait le départ du président, dénonçant une gouvernance opaque et inefficace, et affirmant que son mandat était arrivé à terme. Cette crise s’est progressivement enflammée, aboutissant au contexte infernal que vit le pays aujourd’hui. C’est dans la continuité de ce chaos que s’inscrit la création du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), aujourd’hui aux commandes d’Haïti.

Le CPT a été mis en place pour assurer une gouvernance intérimaire et préparer une transition vers un pouvoir légitime issu d’élections. Il devait rassembler l’ensemble des secteurs politiques haïtiens : partis comme Pitit Desalin de Moïse Jean-Charles, Fanmi Lavalas de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide, le PHTK de Michel Martelly, ainsi que des regroupements politiques tels que l’Accord Montana et l’Accord du 30 janvier, avec la participation de représentants de la société civile.
À l’origine, le CPT devait être un organe de consensus, chargé de stabiliser le pays, restaurer la confiance entre institutions et citoyens, rétablir la sécurité, organiser un référendum constitutionnel et préparer des élections libres. Mais dès ses premières actions, le conseil a révélé les dysfonctionnements d’une classe politique en décomposition : luttes internes, favoritisme, corruption et absence de vision claire pour le pays.
Le bilan du CPT est accablant. Les gangs armés ont étendu leur contrôle, envahissant des quartiers comme Cité Soleil, Bel-Air, Martissant, La Saline ou Canaan, et s’attaquant désormais à des localités auparavant paisibles telles que Kenscoff et Mirebalais. Des milliers de familles ont été déplacées, contraintes de vivre dans des camps de fortune.
La population, fragilisée par l’insécurité et la pauvreté, subit de plein fouet l’inaction des autorités. L’État, paralysé, est incapable de relancer l’économie, tandis que la vie chère ne cesse de progresser. Les scandales de corruption se multiplient, ternissant durablement la crédibilité du CPT. L’affaire de la Banque Nationale de Crédit (BNC), impliquant les Conseillers-Présidents Emmanuel Vertilaire, Louis Gérald Gilles et Smith Augustin, est l’exemple le plus emblématique, mélange d’incompétence et de corruption spectaculaire, presque hollywoodien.
À l’approche du 7 février 2026, date officielle de la fin du mandat du CPT selon l’accord du 3 avril 2024, certaines initiatives apparaissent davantage opportunistes qu’efficaces : consultations avec des partis politiques et la société civile, propositions de réformes mineures, nomination d’un nouveau Premier ministre (bloquée par la communauté internationale) ou interventions sporadiques contre l’insécurité.
Ces actions ne visent pas à stabiliser le pays, mais à justifier une prolongation du mandat du CPT au-delà de février 2026. Des informations font même état d’un projet visant à étendre cette transition jusqu’en 2028, alors que le pays sombre dans le chaos, gangrené par la violence et la corruption.
Ainsi, le CPT, qui aurait dû être un intermédiaire pour sortir Haïti de la crise, apparaît aujourd’hui comme une extension du désordre : incapable de protéger l’État et la population, mais très habile pour protéger ses intérêts et prolonger sa présence au pouvoir.
La Rédaction
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