Déplacés internes en Haïti : la RNDDH tire la sonnette d’alarme et interpelle l’État Haïtien

Décodage Info, 12 janvier 2026

Seize ans après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, la crise des personnes déplacées internes en Haïti demeure une plaie béante. Dans un rapport alarmant publié à l’occasion de cet anniversaire, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) dresse un constat accablant des conditions de vie inhumaines de milliers de familles contraintes de survivre dans des sites de déplacement à travers le pays.

Selon des données compilées par le RNDDH en collaboration avec la Direction de la protection civile, au moins 217 sites de personnes déplacées internes sont recensés dans 25 communes des départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite. Ces espaces accueillent des populations ayant fui non seulement les conséquences du séisme de 2010, mais surtout la violence armée des gangs, qui contrôlent une large partie du territoire national. S’y ajoutent également des victimes de catastrophes climatiques récentes, notamment l’ouragan Mélissa, qui a frappé Petit-Goâve en octobre 2025.

Le rapport révèle que la majorité des sites sont surpeuplés, insalubres et dangereux. Dans 80 % des espaces monitorés, les abris sont délabrés, déchirés, non étanches ou infestés de nuisibles. Lors des pluies, de nombreux sites sont inondés, contraignant les déplacés à passer la nuit éveillés, leurs effets personnels à la main, en attendant la décrue des eaux.

L’accès à l’assainissement constitue un autre problème majeur. Près d’un quart des sites ne disposent d’aucune latrine, obligeant les déplacés à recourir à des sachets ou à déféquer à l’air libre, parfois à proximité immédiate de leurs lieux de vie. Même lorsque des latrines existent, la majorité sont bouchées, insalubres ou rarement vidangées, favorisant ainsi la propagation de maladies.

Les populations les plus vulnérables paient le plus lourd tribut de cette situation. Les femmes et les filles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles et sexistes. Le RNDDH indique que des cas de viols ont été signalés en 2025 dans au moins 17,5 % des sites monitorés, un chiffre probablement sous-estimé en raison du silence et de la peur des victimes.

Les personnes vivant avec une déficience, présentes dans 90 % des sites visités, évoluent dans une négation quasi totale de leurs droits fondamentaux : absence de soins de santé, de dispositifs d’assistance, de nourriture adaptée et d’accompagnement spécialisé. Nombre d’entre elles survivent uniquement grâce à la solidarité fragile de voisins ou de comités de sites.

Les enfants, enfin, sont nombreux à être déscolarisés. Le fait que 40 % des sites monitorés soient installés dans des établissements scolaires ou universitaires aggrave la crise éducative et alimente un décrochage scolaire massif.

Face à ce tableau sombre, le RNDDH estime que l’État haïtien a failli à ses obligations les plus élémentaires. Pour l’organisation, aucune aide humanitaire ponctuelle ne peut remplacer une réponse structurelle fondée sur le rétablissement de la sécurité, condition indispensable au retour des déplacés dans leurs quartiers d’origine.

Le RNDDH appelle ainsi les autorités à mettre fin à l’impunité des groupes armés, à offrir une assistance financière et psychologique aux familles déplacées et à instaurer des mécanismes de protection spécifiques pour les femmes, les enfants et les personnes vivant avec une déficience.

Seize ans après le séisme de 2010, le drame des personnes déplacées internes rappelle cruellement que la crise haïtienne n’est pas seulement humanitaire : elle est aussi politique, sécuritaire et profondément sociale. Sans action urgente et coordonnée de l’État, des milliers de vies continueront de se consumer dans l’oubli et l’indignité.

La Rédaction

DÉCODAGE lNFO

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