Des parcs sportifs sur le papier, mais les Grenadiers toujours en exil

Chaque fois que l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe met en avant la construction de plusieurs parcs sportifs durant son mandat, une image revient immédiatement à l’esprit de nombreux passionnés de football : celle des Grenadiers obligés de recevoir leurs adversaire en Jamaïque. Pour un pays où le football est une véritable passion populaire, cette réalité est difficile à accepter. Malgré les promesses, les inaugurations et les discours sur les investissements réalisés dans le sport, Haïti reste incapable d’accueillir sa propre sélection nationale sur son territoire.

Certes, plusieurs infrastructures sportives ont été construites ou réhabilitées au fil des années. Mais le véritable problème ne se résume pas au nombre de terrains inaugurés. La question que se posent aujourd’hui les supporters est simple : pourquoi ces investissements ne permettent-ils toujours pas aux Grenadiers de jouer devant leur public ?

Entre le manque d’entretien des installations, l’absence de stades répondant aux normes internationales et l’insécurité qui gangrène le pays, le rêve de revoir la sélection évoluer à Port-au-Prince ou dans une autre ville haïtienne semble toujours hors de portée.

À chaque rencontre disputée à l’étranger, ce sont des milliers de supporters qui ressentent une profonde frustration. Une équipe nationale est censée porter les couleurs de son pays devant son peuple. Or, les Grenadiers sont privés de cette communion avec leurs fans. Le football haïtien perd ainsi bien plus que l’avantage du terrain : il perd une partie de son identité, de sa ferveur et des retombées économiques que pourraient générer ces grandes affiches.

Au-delà du débat sur le bilan de Laurent Lamothe, cette situation met surtout en lumière les insuffisances des gouvernements qui se sont succédé. Aucun n’a réussi à offrir au pays des infrastructures capables d’accueillir durablement des compétitions internationales ni à rétablir un climat sécuritaire permettant aux instances du football de ramener les matchs en Haïti. Pendant que les responsables politiques se renvoient la balle, les Grenadiers continuent de faire leurs valises pour disputer leurs rencontres « à domicile » sous d’autres cieux.

Le plus étonnant reste le peu d’indignation que suscite cette situation. Dans un pays où le football rassemble toutes les générations, voir la sélection nationale privée de son public devrait être une préoccupation nationale. Les Haïtiens méritent des réponses claires sur l’état réel des infrastructures sportives, sur les investissements réalisés au fil des années et sur les mesures envisagées pour que les Grenadiers puissent enfin retrouver leur véritable maison. Car un parc sportif n’a de valeur que lorsqu’il sert réellement les athlètes et le pays. Tant que la sélection haïtienne continuera de jouer ses matchs « à domicile » à l’étranger, il sera difficile de convaincre que le sport est devenu une véritable priorité nationale.

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