Youry Latortue appelle ses partisans à se mobiliser en vue des prochaines élections. Sur le papier, cet appel peut sembler normal pour un responsable politique. Mais une question vient rapidement à l’esprit : comment demander aux citoyens de faire confiance au processus électoral lorsqu’on ne semble pas soi-même avoir accompli les démarches nécessaires pour y participer ?

Décodage Info, 12 août 2026– La question est sensible parce qu’elle touche directement à la confiance. Pour beaucoup d’Haïtiens, participer à une élection demande déjà des efforts. Il faut obtenir les documents nécessaires, se déplacer, attendre et parfois affronter des difficultés administratives. Lorsqu’un dirigeant demande à ces citoyens de faire tout cela, il est légitime qu’ils attendent également de lui un minimum d’exemplarité.
Youry Latortue a naturellement le droit de critiquer le processus électoral ou d’exprimer des réserves sur son organisation. Il peut également demander des garanties aux autorités. Mais lorsqu’il choisit d’appeler ses partisans à voter, son propre comportement devient forcément une question publique. Les citoyens peuvent raisonnablement demander si les paroles correspondent aux actes.
Il faut toutefois éviter les conclusions trop rapides. Ne pas disposer d’une carte d’identification ou ne pas avoir encore accompli certaines démarches ne signifie pas automatiquement qu’une personne rejette les élections. Une situation administrative ou personnelle peut l’expliquer. Mais dans le cas d’un responsable politique qui cherche à mobiliser des électeurs, cette situation mérite au minimum une explication claire.
Car les Haïtiens ont déjà entendu beaucoup de promesses. À chaque cycle électoral, on leur demande de croire, de patienter et de participer. Beaucoup ont fini par se lasser des discours qui ne sont pas suivis de changements réels. Aujourd’hui, ils veulent surtout voir de la cohérence et des responsables capables de montrer l’exemple.
Pour Youry Latortue, le meilleur moyen de répondre aux interrogations serait donc de clarifier sa position et de montrer concrètement son engagement dans le processus qu’il demande à ses partisans de soutenir. Il ne s’agit pas de lui interdire de critiquer les élections, mais de lui demander la même cohérence qu’il attend de ceux qui le suivent.
Au fond, le débat dépasse la personne de Youry Latortue. Il pose une question plus large à toute la classe politique : peut-on continuer à demander aux citoyens de croire en la démocratie sans commencer par leur montrer qu’on y croit soi-même ?
Dans une Haïti où la confiance politique est devenue une denrée rare, les actes comptent plus que jamais. Les citoyens n’attendent pas des dirigeants qu’ils soient parfaits. Ils attendent simplement qu’ils soient cohérents. Et lorsqu’on demande au peuple de faire un pas vers les urnes, le premier pas devrait parfois venir de ceux qui veulent le conduire.
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