Port-au-Prince, 12 août 2026 — À l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, le Mouvman Jenès EDE a organisé, ce mercredi, un panel consacré à l’engagement politique, au leadership et à la participation des jeunes dans les espaces de décision. Parmi les personnalités présentes figurait Claude Joseph, leader du parti EDE et ancien Premier ministre.

À travers cette rencontre, Claude Joseph a appelé la jeunesse haïtienne à s’impliquer davantage dans la vie politique et à investir les structures où se prennent les décisions nationales. Un discours qui intervient toutefois dans un contexte où une grande partie de cette jeunesse est confrontée à l’insécurité, au chômage, à la précarité et au manque de perspectives.
Plus préoccupant encore, certains jeunes se retrouvent aujourd’hui impliqués dans la violence armée et les activités des groupes criminels. Pour des experts de la vie politique haïtienne, cette réalité ne peut être dissociée des échecs successifs des dirigeants qui se sont relayés au pouvoir et de l’affaiblissement progressif des institutions de l’État.
Le cas de Martissant est particulièrement révélateur. Sous le gouvernement dirigé par Claude Joseph en 2021, la situation sécuritaire dans ce secteur stratégique de l’entrée sud de Port-au-Prince s’est fortement détériorée. Les affrontements entre groupes armés ont progressivement transformé le quartier en une zone extrêmement dangereuse, provoquant des déplacements de population et paralysant un axe routier essentiel reliant la capitale aux départements du Sud.
Pour des experts, cette évolution constitue un élément important dans l’évaluation du bilan de cette période. Sans attribuer à Claude Joseph une responsabilité personnelle dans les actions des groupes armés, ils estiment que les responsables politiques ayant exercé le pouvoir doivent répondre des résultats de leur gouvernance et de leur capacité à garantir la sécurité de la population.

Cette situation a eu des conséquences particulièrement lourdes pour les jeunes. À Martissant comme dans d’autres quartiers contrôlés ou menacés par les groupes armés, une partie de la jeunesse a été privée d’école, d’emploi et de mobilité. Certains jeunes sont devenus des victimes directes de la violence, tandis que d’autres ont été exposés au recrutement par les groupes armés.
Le paradoxe est donc manifeste : Claude Joseph veut aujourd’hui parler de leadership, de participation politique et de conquête du pouvoir avec une nouvelle génération, alors que cette même génération vit les conséquences d’une crise sécuritaire qui s’est profondément aggravée au cours des dernières années.
Son parcours reste également marqué par la période entourant l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021. Claude Joseph était alors à la tête du gouvernement. Cet épisode, sans établir en lui-même une quelconque responsabilité personnelle de l’ancien Premier ministre dans l’assassinat, demeure un moment majeur de son parcours et un élément du débat sur le bilan des dirigeants de cette période.
Pour les experts, le renouvellement de la classe politique ne peut pas se résumer à l’arrivée de nouveaux visages ou à des discours destinés à la jeunesse. Il doit également passer par une évaluation critique des responsabilités assumées par ceux qui ont déjà exercé le pouvoir.
À quelques mois des élections prévues à partir de décembre 2026, la question prend une importance particulière. Alors que les autorités tentent de réunir les conditions nécessaires à l’organisation du scrutin, l’insécurité demeure l’un des principaux obstacles à la participation citoyenne et politique.
Claude Joseph veut parler à la jeunesse. Mais son passé politique continue de parler pour lui. À Martissant, où la violence a bouleversé la vie de milliers de personnes, comme dans d’autres quartiers du pays, la question demeure entière : quelle responsabilité les dirigeants ayant exercé le pouvoir, comme lui, doivent-ils assumer face à une jeunesse dont une partie a été privée d’école, d’emploi, de sécurité et, parfois, d’avenir ?
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