En sillonnant le Grand Sud et en rencontrant les autorités locales, Alix Didier Fils-Aimé veut montrer qu’il est un Premier ministre proche du terrain. Mais dans un pays où la population vit chaque jour avec l’insécurité, les difficultés économiques et une confiance de plus en plus fragile envers les dirigeants, cette tournée ne peut pas laisser indifférent. Une question commence alors à circuler : où s’arrête l’autorité d’un gouvernement et où commence la tentation du pouvoir personnel ?

Sur le terrain, les attentes des Haïtiens sont pourtant très concrètes. Les familles veulent pouvoir sortir de chez elles sans avoir peur. Les parents veulent envoyer leurs enfants à l’école. Les jeunes cherchent du travail et beaucoup rêvent simplement d’un avenir dans leur propre pays. Dans ce contexte, les réunions officielles et les discours ne suffisent plus. La population veut voir des changements dans sa vie quotidienne, pas seulement des images d’un gouvernement en déplacement.
La proximité du processus électoral rend également la situation plus délicate. Le gouvernement encourage les citoyens à s’inscrire et promet que les élections auront lieu. Mais une démocratie ne se limite pas à déposer un bulletin dans une urne. Elle suppose des institutions qui fonctionnent, des contre-pouvoirs respectés et surtout la liberté pour chacun de questionner ou de critiquer ceux qui dirigent.
Parler déjà de dictature serait évidemment excessif. Alix Didier Fils-Aimé n’est pas François Duvalier et rien ne permet d’affirmer que le pays est aujourd’hui sous un régime dictatorial. Mais les leçons de l’histoire haïtienne doivent rester présentes dans les esprits. Une dérive autoritaire peut commencer lorsque les institutions s’affaiblissent, lorsque le pouvoir se concentre progressivement et lorsque la parole critique devient gênante.
Au fond, les Haïtiens ne demandent pas un homme fort à la tête du pays. Ils demandent un gouvernement capable de les protéger et de leur redonner confiance. Alix Didier Fils-Aimé aura donc intérêt à démontrer, par ses décisions et ses résultats, qu’il veut renforcer les institutions plutôt que concentrer le pouvoir. Haïti a besoin d’un État fort, oui, mais d’un État au service de la population et soumis aux règles démocratiques.
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