Port-au-Prince, 18 août 2026 — L’inscription de Marjorie Michel sur la liste des électeurs relance le débat sur les contradictions de l’opposition haïtienne et sur sa capacité à proposer une véritable alternative politique.

Membre du Secteur démocratique et populaire (SDP) et proche d’André Michel, Marjorie Michel avait participé aux mobilisations contre le pouvoir de Jovenel Moïse, à une période où le SDP contestait notamment certains aspects du processus électoral et l’utilisation de la carte Dermalog. Sa participation au processus actuel constitue donc un repositionnement politique qui mérite d’être expliqué.
Le débat ne porte pas sur son droit de participer aux élections, mais sur la cohérence politique entre les positions défendues hier et celles adoptées aujourd’hui.
Cette situation renvoie à une vieille logique de la politique haïtienne : « retire kòw pou m mete pa m ». On combat le pouvoir en place, on réclame son départ, puis on cherche à occuper les mêmes espaces sans forcément remettre en cause les mécanismes qui ont produit la crise.
Cette pratique alimente surtout la méfiance d’une population déjà largement désabusée par les promesses politiques. À l’approche des échéances électorales, les partis et regroupements de l’opposition devront donc convaincre les électeurs que leur démarche repose sur un véritable projet de transformation, et non sur une simple redistribution des postes et du pouvoir.
Le véritable problème dépasse donc Marjorie Michel et le SDP. Il concerne toute une classe politique souvent davantage concentrée sur la conquête du pouvoir que sur la transformation de l’État.
Insécurité, crise institutionnelle, faiblesse de la justice, pauvreté et absence de services publics demeurent les principales préoccupations de la population. Pourtant, le débat politique reste trop souvent centré sur la question de savoir qui doit gouverner, plutôt que sur comment gouverner autrement.
Haïti n’a pas seulement besoin d’une alternance. Le pays a besoin d’une véritable alternative politique, fondée sur des institutions solides, une vision claire et des réformes profondes.
Tant que la politique restera prisonnière du « retire kòw pou m mete pa m », les changements de dirigeants risquent de se succéder sans produire le changement de système attendu par la population.
Junior Garçon
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