La scène est difficile à oublier. Arnold Junior Pierre, journaliste à Radio Télé Galaxie et à Gazette Haïti, était au Palais national pour faire son travail lorsqu’il a été bastonné par un agent de sécurité affecté au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cela s’est passé pendant la visite du secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin. Un journaliste venu couvrir un événement officiel s’est retrouvé victime de violence là où il aurait dû, au contraire, se sentir en sécurité.

Ce qui fait encore plus mal, c’est que cette affaire n’arrive pas seule. Arnold Junior Pierre est présenté comme la cinquième victime de violences impliquant des agents de sécurité du Premier ministre contre des journalistes. Cinq journalistes, cinq personnes qui rentrent chez elles avec le souvenir d’avoir été brutalisées alors qu’elles faisaient simplement leur métier. Derrière le mot « journaliste », il ne faut pas oublier l’être humain : quelqu’un qui a une famille, des proches, des responsabilités et qui prend malgré tout le risque de travailler pour informer les autres.
On peut comprendre qu’un service de sécurité soit parfois tendu. On peut comprendre les impératifs liés à la protection d’un Premier ministre. Mais rien ne peut justifier qu’un journaliste soit frappé parce qu’il fait son travail. Un appareil photo, un micro ou un carnet ne sont pas des armes. Poser une question, filmer une scène ou chercher une information ne devrait jamais être considéré comme une provocation méritant des coups. La sécurité ne doit pas devenir une excuse pour humilier ou intimider.
Et puis il y a le lieu : le Palais national. C’est ce qui rend cette affaire encore plus troublante. Si un journaliste peut être agressé dans un endroit aussi symbolique, par un homme chargé de la sécurité du chef du gouvernement, quel message cela envoie-t-il aux autres journalistes ? Doivent-ils désormais réfléchir à deux fois avant d’aller couvrir une activité officielle ? Doivent-ils avoir peur de ceux qui sont pourtant censés garantir leur sécurité ?
Arnold Junior Pierre ne demande pas un privilège. Il demande simplement le respect dû à un professionnel qui faisait son travail. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé doit prendre cette affaire au sérieux et faire en sorte que les responsabilités soient établies. Il ne s’agit pas seulement de défendre un journaliste. Il s’agit de défendre une idée simple : dans un pays déjà meurtri par la violence, nous ne pouvons pas accepter que ceux qui portent un micro soient encore frappés pour avoir voulu informer. Un journaliste doit pouvoir rentrer chez lui après son reportage, pas avec des blessures parce qu’il a simplement fait son métier.
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