Port-au-Prince, 25 août 2026 — Le débat sur les capacités des forces de sécurité haïtiennes face aux groupes armés prend une nouvelle dimension après les déclarations du commandant en chef des Forces armées d’Haïti (FAD’H), Derby Guerrier. Lors de la deuxième journée du forum « Quelle armée pour Haïti ? », organisé du 21 au 23 août 2026, le haut gradé a estimé que certains bandits disposent parfois d’un arsenal supérieur à celui des forces de sécurité.

Ces déclarations interviennent dans un contexte particulièrement préoccupant. Quelques heures seulement après la clôture du forum, la commune de Kenscoff a été frappée par une nouvelle attaque meurtrière. Dans la nuit du 23 au 24 août, des groupes armés ont semé la terreur dans plusieurs localités, faisant plus de 30 morts, selon les informations rapportées après l’attaque. Le gouvernement a annoncé, le 24 août, le déploiement de l’ensemble des forces disponibles dans cette commune, confrontée depuis plus d’un an à des assauts répétés de groupes armés.
La diffusion, le 25 août, d’une vidéo montrant l’impressionnant arsenal attribué à un chef de gang est venue raviver les interrogations. Images d’armes et de matériels militaires présumés détenus par des groupes criminels : ces éléments donnent une résonance particulière aux propos du commandant en chef des FAD’H et alimentent le débat sur les moyens dont disposent réellement l’État et ses forces de sécurité.
L’État a-t-il les moyens de sa politique sécuritaire ?
Au-delà de la question de l’armement, une interrogation centrale demeure : comment des groupes criminels, qui ne disposent ni des ressources fiscales ni des structures administratives d’un État, peuvent-ils parvenir à accumuler un arsenal capable de rivaliser, voire de dépasser celui de certaines unités engagées sur le terrain ?
La question renvoie directement aux capacités financières, logistiques et opérationnelles de l’État haïtien. Elle interroge également l’efficacité des mécanismes de contrôle des armes et des munitions, le renseignement, la sécurisation des frontières et la capacité des forces de sécurité à anticiper et à empêcher l’approvisionnement des groupes armés.
Mais la supériorité dans un conflit ne se mesure pas uniquement au nombre ou au calibre des armes. L’organisation, le renseignement, la coordination entre les forces, la connaissance du terrain, la rapidité de réaction et la capacité à élaborer une stratégie cohérente peuvent également déterminer l’issue d’une confrontation.
Les événements de Kenscoff viennent ainsi rappeler les limites d’une réponse essentiellement réactive. Alors que les groupes armés continuent de multiplier les attaques dans plusieurs zones du pays, l’enjeu pour les autorités ne consiste plus seulement à mobiliser davantage de forces après chaque massacre, mais à mettre en place une stratégie permettant de prévenir les attaques, de reprendre durablement le contrôle des territoires et de protéger les populations.
Les propos de Derby Guerrier, tout comme les images récemment diffusées sur les réseaux sociaux, soulèvent donc une question fondamentale : dans la lutte contre les groupes armés en Haïti, la différence se fera-t-elle par la puissance de feu ou par la capacité de l’État à disposer d’une stratégie sécuritaire plus efficace, mieux coordonnée et durable ?
Décodage Info







