Haïti — Wilner Joseph, candidat de VIKTWA : quand la médiocrité veut se voir à la tête d’un pays

Gonaïves, 14 septembre 2026. — Candidat du parti VIKTWA, Wilner Joseph était aux Gonaïves ces derniers jours, où il a dénoncé l’état de délabrement de la ville. Une sortie qui soulève toutefois des interrogations, notamment en raison de sa proximité avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dont il est conseiller.

En dénonçant l’état des Gonaïves, Wilner Joseph s’attaque à une réalité qui ne peut être ignorée. Mais en tant que conseiller du chef du gouvernement, sa prise de parole appelle également une question de cohérence. Si l’état du pays et celui de nombreuses villes se sont autant dégradés, les responsables et conseillers de l’exécutif doivent aussi accepter d’être interrogés sur le bilan de la gouvernance à laquelle ils participent.

Depuis l’arrivée du gouvernement de transition dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, les Haïtiens sont confrontés à une situation particulièrement préoccupante. Alors que des ressources publiques sont engagées dans la sécurité et le fonctionnement de l’État, la situation sécuritaire continue de se détériorer. Les groupes armés ont consolidé leur emprise sur plusieurs territoires, de nombreuses familles ont été déplacées et l’accès aux services essentiels demeure extrêmement difficile dans plusieurs zones du pays.

Cette réalité nourrit une interrogation légitime sur l’utilisation des ressources publiques et sur les résultats obtenus. L’État dépense, les autorités annoncent des mesures et multiplient les promesses, mais pour une grande partie de la population, le quotidien reste marqué par l’insécurité, la peur, la pauvreté et l’absence de services publics fonctionnels.

C’est dans ce contexte que Wilner Joseph sollicite désormais la confiance des électeurs sous la bannière de VIKTWA. Son discours sur l’état des Gonaïves ne peut donc être séparé de son propre positionnement politique et de ses responsabilités auprès de l’exécutif.

Sa sortie est d’autant plus surprenante qu’il a affirmé que Jean-Jacques Dessalines était né aux Gonaïves. Cette affirmation est historiquement erronée. Le Père de la nation est né à Grande-Rivière-du-Nord. Les Gonaïves restent néanmoins un lieu fondamental de l’histoire nationale puisqu’elles sont associées à la proclamation de l’indépendance d’Haïti, le 1er janvier 1804.

Pour un candidat qui ambitionne de participer à la direction du pays, cette confusion historique interroge sur son niveau de préparation et sa connaissance de l’histoire nationale. La fonction présidentielle exige certes un projet politique, mais également une connaissance minimale de l’histoire, des institutions et des réalités du pays.

La candidature de Wilner Joseph intervient par ailleurs après une longue période durant laquelle la transition politique a permis à plusieurs personnalités d’occuper des fonctions importantes sans avoir auparavant obtenu de mandat électif national. Alix Didier Fils-Aimé avait échoué dans sa tentative d’accéder au Sénat, tandis que Wilner Joseph n’avait pas réussi à obtenir un siège de député lors de ses précédentes ambitions électorales.

Le contraste est aujourd’hui saisissant. Des responsables ayant connu des revers dans les urnes se retrouvent au cœur du pouvoir ou dans la course à de nouvelles responsabilités, alors que le pays continue de payer le prix d’une crise politique et sécuritaire profonde.

Après l’expérience du PHTK, dont les années au pouvoir sont fortement critiquées pour la dégradation des conditions de vie et l’affaiblissement de l’État, le peuple haïtien est en droit de se demander ce que proposent réellement les nouvelles formations politiques qui cherchent à prendre le relais.

VIKTWA peut présenter ses candidats et défendre son projet. Mais une question demeure pour les électeurs. Peut-on prétendre incarner le changement tout en ayant participé, de près ou de loin, à une gouvernance dont le bilan sécuritaire et institutionnel reste aussi lourdement contesté ?

À l’approche des élections, le véritable débat devrait dépasser les slogans et les dénonciations de l’état des villes. Les candidats devront expliquer leurs responsabilités, leurs résultats, leurs projets et surtout les moyens concrets qu’ils comptent mettre en œuvre pour reprendre les territoires contrôlés par les groupes armés, restaurer l’autorité de l’État et améliorer les conditions de vie de la population.

Francesca Laury
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