Élections ou diversion ? Rosemond Jean met le pouvoir face à ses contradictions

Port-au-Prince, septembre 2026 — À l’approche des élections annoncées pour le 13 décembre 2026, le débat politique haïtien se durcit. Le militant politique Rosemond Jean conteste la pertinence d’un processus électoral engagé dans un contexte marqué par l’insécurité, l’affaiblissement des institutions et la perte de contrôle de plusieurs territoires.

Dans une intervention particulièrement offensive, il critique notamment l’ancien président Jocelerme Privert et l’ancien parlementaire Gary Bodeau. Il reproche à ce dernier de dénoncer l’insécurité tout en ayant, selon ses déclarations, pu effectuer un déplacement de Port-au-Prince vers les Nippes dans des conditions privilégiées. Il évoque à ce titre une dépense de 17 millions de gourdes, une affirmation qui n’a pas été publiquement documentée dans son intervention.

Pour le militant, la crise sécuritaire ne peut être dissociée des rapports de pouvoir qui structurent la vie politique haïtienne. Il s’interroge notamment sur la présence dans l’espace politique de personnalités qui, selon lui, ont été sanctionnées ou accusées par les États-Unis et le Canada de liens avec des groupes armés.

Il estime que la lutte contre les gangs doit également conduire à examiner les éventuelles complicités et protections dont pourraient bénéficier certains réseaux. À ses yeux, organiser des élections sans clarifier ces questions risquerait de reproduire les mêmes mécanismes ayant contribué à l’affaiblissement de l’État.

Le calendrier annoncé par les autorités est également fortement contesté. Avec un premier tour prévu le 13 décembre 2026, Rosemond Jean estime que le délai est insuffisant au regard des défis sécuritaires, institutionnels et logistiques.

Il met en doute la capacité du CEP à conduire le processus dans les conditions actuelles et rappelle que l’institution doit encore consolider son fonctionnement.
Sa comparaison avec un téléphone à 1 % de batterie résume son scepticisme : selon lui, le processus électoral serait lancé avec des moyens et un temps insuffisants pour parvenir à son terme.

La critique vise directement le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, accusé de vouloir maintenir le cap électoral alors que le rétablissement de l’autorité de l’État demeure, selon cette analyse, le préalable indispensable.

La dimension financière constitue également un enjeu politique majeur. Le militant évoque une enveloppe de 150 millions de gourdes destinée au processus électoral, qu’il considère comme susceptible d’attirer les convoitises de certains acteurs.

Pour lui, la question n’est pas seulement de savoir combien coûteront les élections, mais surtout de déterminer qui contrôlera les ressources publiques, selon quelles règles et avec quels mécanismes de transparence.

Dans un pays confronté à une crise économique et sociale profonde, toute dépense électorale devrait, selon cette lecture, pouvoir être justifiée devant la population.

Au-delà de la date du scrutin, l’enjeu est celui de la légitimité du prochain pouvoir. Une élection organisée sans sécurité, sans liberté de circulation et sans garanties suffisantes pour la participation citoyenne pourrait, selon Rosemond Jean, déboucher sur une nouvelle contestation plutôt que sur une sortie de crise.

Il pose ainsi une question centrale : faut-il d’abord rétablir l’autorité de l’État et la sécurité avant d’aller aux urnes, ou organiser les élections malgré les conditions actuelles ?
Cette interrogation place le pouvoir face à l’une des décisions politiques les plus déterminantes de la transition.

Dans son analyse, le militant refuse de limiter la crise aux hommes armés. Il appelle également à examiner le rôle présumé de certains acteurs politiques, économiques et institutionnels dans la dégradation du pays, faisant notamment référence à l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse.

Selon lui, la véritable bataille dépasse donc les élections : elle concerne la reconstruction de l’autorité de l’État, la responsabilité des élites et la capacité des institutions à reprendre le contrôle du destin politique du pays.

Ces accusations et interprétations relèvent de la position politique de Rosemond Jean et ne constituent pas, en elles-mêmes, des faits judiciairement établis.

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