Élections : Samuel Joasil, chef de la brigade de Canapé-Vert, annoncé candidat à la mairie de Port-au-Prince sous DEBLOKE

Port-au-Prince, 6 octobre 2026. — Samuel Joasil, policier et figure devenue connue dans la lutte contre les groupes armés dans les quartiers de Canapé-Vert, Pacot, Turgeau et les zones avoisinantes, ferait son entrée sur la scène politique. Il est annoncé comme candidat à la mairie de Port-au-Prince sous la bannière de DEBLOKE, groupement politique associé à l’ancien président Michel Joseph Martelly. Cette éventuelle candidature intervient alors que le pays se prépare aux élections prévues en décembre 2026, après plus d’une décennie sans scrutin général.

Le nom de Samuel Joasil est principalement associé depuis plusieurs années à la brigade d’autodéfense de Canapé-Vert, dont il est présenté comme le chef. Policier en service et ancien membre de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN), il s’est progressivement imposé comme l’une des figures les plus visibles des dispositifs de défense communautaire mis en place dans certains quartiers de la capitale face à l’expansion des groupes armés.

La création et la montée en puissance de la brigade de Canapé-Vert sont liées à la dégradation de la situation sécuritaire dans la capitale. Le 24 avril 2023, le quartier avait été marqué par le lynchage de plusieurs personnes présentées comme des membres de groupes armés. Cet épisode est considéré comme l’un des événements ayant contribué à l’essor du mouvement « Bwa Kale ». Samuel Joasil a par la suite expliqué que cette situation avait favorisé la mobilisation des habitants et la constitution d’une structure locale de défense.

Au fil des offensives des groupes armés, Canapé-Vert est devenu l’un des principaux points de résistance dans les hauteurs de Port-au-Prince. Des barricades, des postes de contrôle et des dispositifs de surveillance ont été installés aux entrées du quartier. Selon l’ACLED, la brigade de Canapé-Vert figure parmi les groupes d’autodéfense les plus organisés de la capitale. L’organisation souligne également que les forces de police ont, dans plusieurs cas, coopéré avec ces groupes dans leurs opérations contre les gangs.

Cette position stratégique a pris une importance particulière après les offensives coordonnées de Viv Ansanm dans la capitale. Canapé-Vert, Pacot et Turgeau ont constitué une zone de résistance face à l’avancée des groupes armés. La situation géographique de Canapé-Vert, situé au pied des hauteurs menant notamment vers Pétion-Ville, a également contribué à son importance dans le dispositif de défense de cette partie de la capitale.

Samuel Joasil s’est également retrouvé au centre de plusieurs épisodes de tension avec les autorités. En avril 2025, il avait notamment annoncé l’annulation d’une mobilisation populaire organisée contre l’insécurité, affirmant vouloir éviter un affrontement susceptible de provoquer des victimes. Il s’était alors exprimé publiquement devant des habitants réunis près du sous-commissariat de Canapé-Vert.

En février 2026, son nom est de nouveau apparu dans le débat sur le désarmement des brigades d’autodéfense. Selon des informations rapportées à l’époque, Samuel Joasil aurait été convoqué par la Direction générale de la Police nationale d’Haïti (PNH) après avoir contesté la décision du gouvernement demandant aux membres des brigades de remettre leurs armes. Il avait publiquement estimé qu’un désarmement sans alternative sécuritaire risquait de laisser certains quartiers exposés aux groupes armés. Ces éléments ont toutefois été rapportés par la presse et doivent être distingués d’une confirmation officielle de la PNH.

Son parcours dans la lutte contre les gangs n’est toutefois pas exempt de controverses. Les groupes d’autodéfense sont régulièrement accusés de pratiques violentes, notamment de contrôles arbitraires et d’actes de justice populaire. Des organisations spécialisées dans l’analyse de la violence en Haïti soulignent ainsi le risque de voir certaines brigades franchir la limite entre autodéfense communautaire et violence contre des civils. Samuel Joasil et les membres de sa brigade ont, de leur côté, défendu leur action comme une réponse à l’absence ou à l’insuffisance de la présence de l’État dans certains quartiers.

L’entrée annoncée de Samuel Joasil dans la compétition électorale constituerait donc un changement important de registre pour celui qui s’est fait connaître principalement comme acteur de la sécurité locale. Son passage de la défense d’un territoire face aux groupes armés à la recherche d’un mandat électif pourrait faire de la sécurité l’un des principaux axes de sa campagne, même si son programme municipal n’a pas encore été rendu public.

La candidature annoncée intervient également dans une recomposition politique plus large. DEBLOKE, groupement politique associé à Michel Joseph Martelly, participe au processus électoral de 2026. La structure a notamment demandé au gouvernement de garantir la neutralité de l’État et des conditions de sécurité permettant aux électeurs d’avoir accès aux centres d’inscription et de vote.

Le calendrier électoral prévoit par ailleurs que le Conseil électoral provisoire (CEP) examine les candidatures et publie la liste définitive des candidats agréés après les procédures de contestation. Le CEP rappelle que les candidats aux conseils municipaux doivent satisfaire aux conditions prévues par le décret électoral du 2 juin 2026.

À ce stade, l’annonce de Samuel Joasil comme candidat à la mairie de Port-au-Prince doit donc encore être distinguée de la validation officielle de son dossier par le CEP. Si sa candidature est confirmée, le chef de la brigade de Canapé-Vert deviendra l’une des figures les plus atypiques de cette campagne électorale : un policier devenu symbole de la résistance communautaire face aux groupes armés, désormais engagé dans la conquête d’un mandat politique à la tête de la capitale.

Francesca Laury
Décodage Info

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