De février 2016 à février 2017, Jocelerme Privert a dirigé Haïti durant une période de transition politique difficile. Aujourd’hui, il met en avant son expérience et sa connaissance des institutions pour défendre sa candidature. Mais cette expérience soulève aussi des interrogations. Quelles réalisations peut-il présenter aux citoyens ? Quelles difficultés son administration n’a-t-elle pas réussi à résoudre ? Et quelles leçons a-t-il tirées de cette période ? Ces questions ne visent pas à nier son parcours, mais à rappeler qu’un responsable politique qui sollicite à nouveau la confiance populaire doit aussi accepter de rendre compte de son bilan.

Sur la sécurité, l’ancien chef de l’État affirme vouloir s’attaquer aux zones de non-droit et permettre au pays de retrouver une vie normale. Sur le papier, l’objectif répond à une urgence nationale. Mais pour les habitants qui vivent sous la menace des groupes armés, les déclarations ne changent rien tant qu’elles ne se traduisent pas en actes. Comment Privert compte-t-il rétablir l’autorité de l’État, protéger les familles et permettre aux personnes déplacées de rentrer chez elles ? Quels moyens prévoit-il et dans quels délais ? Sans réponses précises à ces questions, son engagement risque de rester une promesse supplémentaire dans un paysage politique où les annonces se succèdent sans toujours produire les résultats espérés.
L’ancien président promet également de renforcer les institutions, de restaurer la légitimité démocratique et de relancer la production nationale. Mais il ne suffit pas d’énumérer les problèmes du pays pour démontrer sa capacité à les résoudre. Fort de son expérience à la Direction générale des impôts, au ministère de l’Intérieur, au Sénat et à la présidence, Privert doit expliquer ce que ce parcours lui a permis d’accomplir et ce qu’il ferait différemment aujourd’hui. Son passage à la tête de l’État, notamment pendant la transition politique, mérite un examen sérieux, fondé sur les décisions prises et les résultats obtenus. C’est aussi sur cette base que les citoyens pourront apprécier la portée de ses nouvelles propositions.
Avec « Ayiti Transfòme », Jocelerme Privert cherche à convaincre qu’il peut contribuer à sortir Haïti de l’impasse. Mais la population a besoin de plus qu’un projet au nom prometteur : elle attend des mesures concrètes, un calendrier réaliste, des moyens clairement définis et des engagements dont les résultats pourront être vérifiés. Avant de demander aux Haïtiens de croire à son projet de transformation, l’ancien président doit accepter une exigence simple : expliquer ce que son passage au pouvoir a changé, reconnaître les limites de son action et démontrer en quoi ses nouvelles propositions apporteront des réponses différentes. Dans un pays qui a trop souvent payé le prix des promesses non tenues, la confiance ne se réclame pas ; elle se construit par des actes et se justifie par un bilan.
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