Haïti cherche toujours une issue à la crise politique, sécuritaire et institutionnelle qui bouleverse le pays depuis plusieurs années. Alors que la transition peine à répondre aux attentes de la population, le Collectif Populaire du Nord (KPN) veut remettre le débat sur l’avenir de l’État au centre des discussions. Le vendredi 30 octobre 2026, au Cap-Haïtien, l’organisation a réuni plusieurs acteurs de la société dans le cadre d’un atelier de réflexion consacré aux possibilités de sortir le pays de l’impasse.

La rencontre s’est déroulée dans un contexte où les promesses de la transition se heurtent encore à une réalité difficile. L’insécurité continue de faire des victimes et de déplacer des familles, les institutions fonctionnent dans un environnement fragile et les perspectives d’un retour à l’ordre démocratique restent incertaines. Pendant ce temps, les citoyens attendent des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes. Cette situation relance inévitablement les interrogations sur la capacité des autorités actuelles à conduire le pays vers une véritable sortie de crise.
Au cours des échanges, le président du KPN, Willy Jean-Louis, a défendu une proposition qui mérite un débat approfondi : la mise en place d’un gouvernement bicéphale, c’est-à-dire un exécutif à deux têtes. Selon lui, cette formule pourrait contribuer à une meilleure organisation de l’État et au renforcement des institutions publiques. Une telle proposition soulève néanmoins plusieurs questions : comment répartir les responsabilités entre les deux pôles de l’exécutif ? Quels mécanismes permettraient d’éviter les conflits de pouvoir ? Et surtout, quelles garanties offrir aux citoyens pour que cette nouvelle architecture réponde réellement aux besoins du pays ?
La professeure Adelleine Saintilmonda a, de son côté, insisté sur la nécessité de rassembler les différents secteurs de la société autour d’un véritable projet de refondation nationale. À ses yeux, un nouveau pacte républicain pourrait servir de point de départ pour définir une autre orientation politique et institutionnelle. Le vice-président du KPN, Yonel Jean-Pierre, a également plaidé pour un dialogue sincère et constructif, une participation citoyenne plus active et la préparation d’un document de propositions pouvant servir de base à un dialogue national.
La réforme des institutions, la démocratie, la justice sociale, la souveraineté nationale, le renouvellement du leadership politique et la sécurité ont également alimenté les discussions. Au fond, cette initiative pose une question que la transition ne peut plus éviter : comment reconstruire un État crédible alors que les mécanismes actuels de gouvernance continuent de susciter autant d’interrogations ? Pour le KPN, la sortie de crise ne peut se réduire à l’organisation d’élections ou à des négociations entre responsables politiques. Elle doit passer par un véritable consensus national, une meilleure répartition des responsabilités et une vision politique qui place enfin les intérêts de la population au premier plan.
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