Port-au-Prince, mardi 3 novembre 2026 — Le gouvernement haïtien annonce la poursuite des opérations contre les gangs armés, alors que l’insécurité continue de peser sur le pays et que les élections générales ont été reportées sine die. Dans un communiqué publié ce mardi, la Primature affirme que la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées d’Haïti (FAd’H) et la Force de répression des gangs (FRG) coordonnent leurs actions pour reprendre les territoires contrôlés par les groupes armés.

Le gouvernement affirme que les opérations déjà engagées, notamment à Kenscoff et à Gressier, doivent se poursuivre et s’étendre à d’autres zones, en particulier dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre. Il fait également état du recrutement de plus de 3 258 policiers en trois promotions et de nouveaux investissements dans les véhicules blindés et les équipements spécialisés.
Toutefois, ces annonces interviennent dans un contexte où les résultats des interventions sécuritaires restent au cœur des préoccupations. Dans son rapport final publié en septembre 2026, le groupe d’experts des Nations unies sur Haïti relève que les opérations menées depuis décembre 2025 ont permis de freiner l’expansion des gangs dans la capitale et de reprendre certains secteurs. Mais ces avancées demeurent fragiles, tandis que les groupes armés continuent d’étendre leur influence dans plusieurs régions du pays.
Des soupçons de collusion avec les gangs
Au-delà des difficultés sécuritaires, les relations entre certains acteurs politiques et les groupes armés font également l’objet de graves préoccupations. Dans un rapport rendu public en octobre 2026, le groupe d’experts de l’ONU décrit des liens persistants entre des responsables politiques, des acteurs économiques et des groupes armés. Ces relations peuvent notamment servir à maintenir une influence territoriale et à peser sur les prochaines élections. Des personnalités citées dans le rapport contestent les accusations portées contre elles.
Le rapport évoque notamment la nomination, en mai 2026, d’une commission municipale à Cité-Soleil, une commune largement marquée par la présence des gangs. Selon les experts, au moins un membre de cette commission entretiendrait des liens actifs avec le gang de Brooklyn. La nomination de cette équipe par le pouvoir exécutif a soulevé des interrogations sur les rapports entre les autorités et des réseaux armés.
Ces révélations alimentent les critiques contre la classe politique et les institutions, accusées par certains observateurs de ne pas agir avec suffisamment de fermeté contre les réseaux qui entretiennent l’insécurité. Des critiques visent également le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, auquel certains reprochent de ne pas avoir rompu avec les pratiques politiques ayant favorisé la montée en puissance des groupes armés.
Ces accusations doivent toutefois être distinguées des faits établis par les rapports internationaux. Les éléments publiés par l’ONU mettent en évidence des relations entre certains acteurs politiques et des groupes armés, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’affirmer que l’ensemble du gouvernement collabore avec les gangs.
Les élections toujours dans l’impasse
La question sécuritaire est étroitement liée à celle du retour à l’ordre constitutionnel. Les élections présidentielle et législatives, initialement prévues le 13 décembre 2026, ont été reportées sine die en raison des difficultés liées notamment à l’insécurité et à la préparation du scrutin. Haïti n’a pas organisé d’élections nationales depuis 2016.
Ce nouveau report renforce les interrogations sur la durée de la transition dirigée par Alix Didier Fils-Aimé. Des acteurs politiques et des membres de la société civile dénoncent le risque de voir les autorités prolonger leur maintien au pouvoir sans mandat électoral, alors que l’organisation des élections constituait l’une des principales missions assignées à la transition.
Le 19 octobre, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le représentant spécial du secrétaire général pour Haïti, Carlos Ruiz Massieu, a mis en garde contre l’annonce de nouvelles dates électorales sans évaluation réaliste des conditions nécessaires à la tenue du scrutin. Selon lui, une telle démarche risque d’affaiblir davantage la crédibilité des institutions haïtiennes.
Le gouvernement présente aujourd’hui les opérations sécuritaires comme une étape nécessaire au rétablissement de l’autorité de l’État. Reste à savoir si les interventions annoncées permettront des améliorations durables sur le terrain et contribueront à créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles.
En attendant, la population continue de faire face aux conséquences de la violence armée, tandis que les autorités sont attendues sur deux fronts indissociables : la sécurité et le retour à un pouvoir issu des urnes.
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