À l’occasion de son 11e anniversaire, l’Académie du Créole haïtien (AKA) a procédé, ce jeudi 4 décembre 2025, à l’installation de nouveaux membres au cours d’une cérémonie officielle. Sept académiciens et trois conseillers consultatifs rejoignent désormais l’institution chargée de promouvoir et de défendre la langue créole.

Décodage Info,le 10 décembre 2025.
Parmi eux figure Nelson Martineau, vice-doyen à la recherche de la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA) de l’Université d’État d’Haïti, qui s’est exprimé au nom des nouveaux académiciens.
Un engagement envers la langue et la société
Dans son allocution, Nelson Martineau a exprimé sa gratitude à l’Académie et aux autorités présentes. Il a rappelé que devenir académicien signifie avant tout « un engagement à servir la population » à travers la promotion de la langue et de la culture créoles. Il a chaleureusement remercié l’institution pour la confiance accordée aux nouveaux membres.
Outre Martineau, six autres personnalités font désormais partie de l’AKA comme académiciens :
Jean Rony Beaucicaut, Maude Heurtelou, Nedet François, Lhérissaint Saint Jean, Dulcio Saul et Jhonny Laforest.
Trois nouveaux conseillers consultatifs ont également été installés :
Mackendy Cevrin, Jean François Tardieu et Henri-Robert Durandisse.
Le créole, pilier de l’identité haïtienne
Dans son discours, Martineau a revisité l’histoire et la mission de l’Académie, fondée en 2014 pour protéger, valoriser et normaliser la langue créole tout en soulignant le rôle central du créole dans la construction de l’identité nationale et dans la cohésion sociale.
« Le créole est le cœur battant de chaque Haïtien ; il est notre dignité, notre mémoire et le chemin de notre développement. » a-t-,il lancé ave fierté.
Il a rappelé qu’au fil du temps, la langue a été victime de préjugés persistants, souvent qualifiée à tort de « langue sans grammaire » ou de « langue des pauvres ». Ces discriminations linguistiques ont été largement déconstruites grâce aux travaux de pionniers tels que Suzanne Sylvain, Pradel Pompilus, Yves Dejean, Pierre Vernet, Michel DeGraff, entre autres, qui ont démontré que le créole est une langue pleinement structurée, apte à porter le savoir, la science et la culture.
Pour Martineau, l’existence même de l’Académie représente « une victoire sur ces préjugés ».
Renforcer l’usage du créole dans l’éducation et la recherche
Professeur de sémiotique et de sémiologie à la FLA, Martineau a insisté sur la nécessité de renforcer l’usage du créole dans le système éducatif haïtien. Il a évoqué les rapports de l’UNESCO démontrant que l’enseignement dans la langue maternelle favorise la réussite, réduit les inégalités et améliore l’inclusion sociale.
Il a ainsi appelé à :
développer davantage la recherche scientifique en créole ;
produire des ressources pédagogiques adaptées ;
renforcer les collaborations internationales afin de donner au créole toute sa place dans les sciences, la technologie et l’innovation.
Le créole comme outil vital pour la société
Pour illustrer l’impact concret de la langue dans des domaines cruciaux, Martineau a évoqué l’importance d’utiliser le créole dans la prévention des catastrophes naturelles. Les matériels éducatifs en créole destinés aux communautés les plus vulnérables, notamment pour les risques de cyclones ou de séismes, permettent, selon lui, de renforcer l’efficacité des campagnes de sensibilisation.
« La langue créole n’est pas seulement un symbole culturel ; elle est un outil puissant pour sauver des vies », a conclu Martineau.
Jean Gilles Désinord
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