Décodage Info 4 février 2026
À trois jours de l’échéance constitutionnelle du 7 février, la transition haïtienne se trouve à un point de tension critique. Les propositions pour l’après-transition se multiplient, mais les autorités, peu enclines à reconnaître leurs échecs, peinent à faire face à la réalité.

Les intérêts personnels dominent le débat, laissant peu de place à l’émergence d’une solution capable d’éviter un vide institutionnel, alors même que le pays se rapproche dangereusement du chaos.
La scène politique haïtienne est particulièrement tendue depuis plusieurs jours. La semaine dernière, une tentative d’éviction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a provoqué de profondes divisions au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Deux jours plus tard, une initiative visant à destituer le coordonnateur du CPT a également échoué, renforçant l’image d’un exécutif instable et incapable de se consolider à moins de quinze jours de la fin de son mandat.
Face à cette situation, la CARICOM a engagé des discussions en vue de parvenir à un accord avec les principaux acteurs politiques, dont la majorité a contribué à la mise en place du CPT. Toutefois, certains d’entre eux ont refusé de poursuivre le dialogue, estimant que toute solution doit être strictement nationale. Dans ce contexte, quatre conseillers-présidents sanctionnés ont pris l’initiative d’organiser des assises de suivi du dialogue inter-haïtien, afin d’identifier des pistes crédibles pour la gouvernance post-7 février.
À ce jour, plusieurs propositions émanant de différents secteurs sont en débat. La première, portée par l’initiative du 24 avril et rendue publique le 2 février, propose la nomination du président de la Cour de cassation, le juge Jean Joseph Lebrun, au poste de président provisoire, afin d’assurer la continuité institutionnelle. Selon un membre de la commission, l’intéressé ne s’opposerait pas à cette option. Une autre proposition, présentée le mardi 3 février, envisage la création d’un collège présidentiel chargé de diriger collectivement l’État et d’encadrer la transition. Ce collège serait composé de trois représentants : un issu du CPT, un de la société civile et un membre de la Cour de cassation.
Parallèlement, le Premier ministre bénéficie d’un soutien affirmé de plusieurs partenaires étrangers, qualifiés de « pays amis ». Ces derniers estiment que son maintien à la tête du gouvernement est indispensable pour préserver une stabilité minimale et gérer les urgences liées à la sécurité et au fonctionnement de l’administration publique.
Cette position contraste toutefois avec l’attitude de ces mêmes partenaires sur d’autres dossiers sensibles, notamment celui du Statut de protection temporaire (TPS) des Haïtiens aux États-Unis, dont l’avenir demeure incertain.
Sur le plan sécuritaire, la situation continue de peser lourdement sur la vie nationale.
Jusqu’à hier, trois navires de guerre américains étaient positionnés au large de Port-au-Prince, illustrant l’inquiétude de la communauté internationale face à une possible aggravation du chaos. Bien que certaines opérations menées par la Police nationale d’Haïti (PNH), appuyée par une task force et des agents de sécurité privés, laissent entrevoir une lueur d’espoir, les défis demeurent considérables.
Pendant ce temps, les différentes propositions politiques se heurtent aux intérêts personnels des acteurs en place, qui refusent d’admettre leurs responsabilités dans l’échec de la transition. À moins de 72 heures du 7 février, date marquant la fin du mandat du CPT, le pays reste plongé dans l’incertitude, sans solution consensuelle en vue, et avec la menace persistante d’un vide institutionnel susceptible d’alimenter de nouvelles tensions sociales.
La Rédaction
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