Décodage Info, le 13 mars 2026.-
Depuis le 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), un vide institutionnel profond s’est installé au sommet de l’État. Toutefois, ce vide reste surtout théorique. Dans la pratique, le pouvoir semble désormais concentré entre les mains d’un seul homme : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

C’est un pouvoir sans contrepoids. Avec l’expiration du mandat du CPT, l’organe censé guider la transition a perdu sa légitimité institutionnelle. Cependant, au lieu d’ouvrir un débat national sur la continuité du pouvoir ou sur un nouveau cadre politique, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a occupé tout l’espace.
Décisions politiques, gestion des affaires publiques et représentation de l’État à l’international : le Premier ministre agit désormais comme l’autorité centrale du pays. Dans les faits, il apparaît comme le seul détenteur effectif du pouvoir exécutif.
Une transition qui change de nature
Cette transition politique avait été conçue comme un processus collectif. Elle devait reposer sur un équilibre entre plusieurs acteurs pour éviter toute concentration excessive du pouvoir. La disparition du rôle du CPT bouleverse cet équilibre fragile.
Aujourd’hui, certains dénoncent une transition détournée de son objectif initial. Au lieu de préparer le retour à l’ordre constitutionnel, elle semble évoluer vers un système où un seul acteur impose son rythme, ses décisions et sa vision.
Le problème central demeure celui de la légitimité. Alix Didier Fils-Aimé n’a pas été élu au suffrage universel pour diriger seul l’État. Son rôle devait se limiter à celui de chef de gouvernement dans un dispositif transitoire encadré par un organe politique supérieur.
Or, avec la fin du mandat du CPT, cette architecture institutionnelle s’est effondrée. Le Premier ministre se retrouve dans une position ambiguë : exercer un pouvoir considérable sans base constitutionnelle clairement définie.
Le risque d’une dérive politique
Dans un pays marqué par des décennies d’instabilité, la concentration du pouvoir dans un vide juridique peut alimenter les tensions politiques et sociales.
La question pour la classe politique et la société haïtienne est cruciale : qui détient réellement la légitimité pour diriger la transition ?
Si aucune clarification n’est apportée rapidement, la transition risque de perdre sa crédibilité. Dans ce contexte, l’image d’un Premier ministre gouvernant seul pourrait symboliser une nouvelle crise institutionnelle en Haïti.
Jean Gilles Désinord
DÉCODAGE INFO







