Le Syndicat National des Policiers Haïtiens (SYNAPOHA) a lancé un sévère avertissement aux autorités lors d’une conférence de presse tenue ce lundi à Delmas. Face à l’aggravation de la crise sécuritaire et à la multiplication des attaques armées à travers le pays, l’organisation syndicale estime que les policiers continuent d’être livrés à eux-mêmes, malgré leur rôle central dans la défense de la population.

Delmas, le 8 juin 2026
Intervenant devant les médias, le porte-parole du SYNAPOHA, Sidel Mathieuny, a dénoncé ce qu’il qualifie de manque chronique d’attention accordée aux policiers par les instances dirigeantes de l’État. Selon lui, les agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH) évoluent dans des conditions de plus en plus difficiles alors qu’ils sont quotidiennement en première ligne face aux groupes armés qui contrôlent plusieurs zones du pays.
Le responsable syndical a souligné que les revendications formulées depuis plusieurs années par les policiers demeurent sans réponse concrète. Il a plaidé pour une amélioration substantielle des salaires, un renforcement des dispositifs de protection ainsi que la mise en place de mesures sociales adaptées aux réalités auxquelles sont confrontés les membres de l’institution policière.
Au cœur des critiques du syndicat figure le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), considéré comme l’organe chargé d’orienter la politique de sécurité publique. Pour le SYNAPOHA, les difficultés actuelles de la PNH ne peuvent être dissociées des choix stratégiques effectués au plus haut niveau de l’État.
L’organisation estime que les autorités ont failli à leur devoir de fournir aux forces de l’ordre les ressources nécessaires pour remplir efficacement leur mission.
Sidel Mathieuny a également attiré l’attention sur la situation économique préoccupante de nombreux policiers. D’après lui, plusieurs agents perçoivent une rémunération insuffisante au regard des risques auxquels ils sont exposés. Cette réalité est d’autant plus alarmante que les policiers figurent parmi les principales cibles des gangs armés et sont eux-mêmes touchés par les déplacements forcés provoqués par l’insécurité.
La question de la protection sociale a également occupé une place importante dans les discussions. Le syndicat déplore l’absence de mécanismes efficaces permettant aux policiers et à leurs familles de bénéficier d’une couverture médicale adéquate. Selon ses responsables, plusieurs agents rencontrent de sérieuses difficultés lorsqu’ils doivent accéder à des soins de santé ou faire face à des situations d’urgence.
Au-delà des revendications corporatistes, le SYNAPOHA estime que la faiblesse des conditions de vie des policiers constitue un obstacle majeur à toute stratégie durable de rétablissement de la sécurité nationale. Pour ses dirigeants, il est illusoire d’espérer des résultats significatifs dans la lutte contre les groupes armés sans une véritable politique de valorisation des femmes et des hommes chargés de protéger la population.
Concluant son intervention, Sidel Mathieuny a lancé un appel pressant aux autorités compétentes afin qu’elles assument pleinement leurs responsabilités envers les membres de la PNH. « On ne peut pas exiger des policiers qu’ils garantissent la sécurité du pays alors que leur propre sécurité sociale, économique et professionnelle demeure négligée », a-t-il déclaré, résumant ainsi les principales préoccupations exprimées par le syndicat.
Par cette prise de position, le SYNAPOHA entend relancer le débat sur la place accordée aux policiers dans les politiques publiques et rappeler que le renforcement de la sécurité nationale passe également par l’amélioration des conditions de vie de ceux qui sont chargés de la faire respecter.
Jean Gilles Désinord
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