La création d’une Commission sur l’implémentation du Projet Lakou Bwakayiman par le ministère de la Culture et de la Communication suscite déjà une vive controverse. Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le Comité de Bois Caïman exprime sa profonde méfiance à l’égard de cette initiative et appelle les autorités à privilégier la préservation du site plutôt que la multiplication des structures administratives.

Port-au-Prince, le 24 juin 2026.Se présentant comme les gardiens de la mémoire de Bois Caïman, les signataires dénoncent ce qu’ils considèrent comme une gestion opaque des ressources publiques destinées aux célébrations et aux projets liés à ce lieu emblématique de l’histoire haïtienne. Selon eux, la nouvelle commission risque de reproduire des pratiques qui, depuis plusieurs années, auraient permis à certains groupes de bénéficier de fonds publics sans impact réel sur la protection du patrimoine.
Au cœur de leurs revendications figure une demande de transparence totale sur les sommes allouées à Bois Caïman au cours de la dernière décennie. Le Comité exige la publication détaillée des dépenses effectuées depuis 2016, estimant que la population a le droit de connaître l’utilisation des fonds destinés à l’entretien et à la valorisation de ce site historique associé à la lutte pour la liberté des esclaves.
La lettre dresse également un constat alarmant de l’état actuel de Bois Caïman. Les auteurs dénoncent l’occupation progressive du site par des constructions anarchiques, l’exploitation de carrières de sable, la déforestation ainsi que la vente présumée de terrains pourtant situés dans une zone déclarée d’utilité publique depuis 1995. Ils accusent les autorités locales de fermer les yeux sur ces pratiques qui, selon eux, compromettent l’intégrité du patrimoine national.
Par ailleurs, le projet de création d’un « Thé Bois Caïman » annoncé par le ministère de la Culture fait l’objet de vives critiques. Pour les membres du Comité, cette initiative représente une banalisation d’un lieu chargé d’une forte portée historique et symbolique. Ils estiment que les efforts devraient plutôt être concentrés sur la sauvegarde physique et environnementale du site.
Parmi les mesures proposées, le Comité plaide pour la mise en place d’une clôture afin de freiner l’expansion du bidonville qui gagne progressivement du terrain autour de Bois Caïman. Les signataires considèrent cette action comme une priorité absolue avant tout projet d’aménagement ou de développement touristique. Ils évoquent également la nécessité, à long terme, de créer un mémorial, une forêt sacrée, des espaces d’accueil pour les visiteurs et d’autres infrastructures destinées à mettre en valeur ce patrimoine historique.
Le document formule enfin plusieurs demandes précises : la suspension de la commission nouvellement créée, la réalisation d’un audit des fonds consacrés à Bois Caïman, l’arrêt des ventes de terrains sur le site, des sanctions contre les responsables présumés des dégradations et la création d’un Conseil de Gardiens composé de représentants de la communauté locale, de praticiens du vodou, d’historiens et d’acteurs de la société civile.
À quelques semaines de la commémoration du 14 août, date symbolique de la cérémonie de Bois Caïman, cette prise de position remet au premier plan le débat sur la protection des lieux de mémoire en Haïti et sur la responsabilité de l’État dans la préservation d’un héritage considéré comme l’un des fondements de l’identité nationale.
Jean Gilles Désinord
Décodage Info







