Il y a des assassinats qui bouleversent une famille. Et puis il y a ceux qui finissent par interroger toute une nation. La mort d’Éric Jean-Baptiste appartient à cette deuxième catégorie. Dans la nuit du 28 octobre 2022, le dirigeant politique et homme d’affaires a été abattu à Laboule 12, à Pétion-Ville. Son agent de sécurité, Peterson Vernius, a également été tué. Depuis cette nuit, une question refuse de disparaître : qui a tué Éric Jean-Baptiste ?

Pour ses proches, le temps ne referme pas la blessure. Une date d’anniversaire, une photo, un souvenir suffisent à ramener cette nuit où tout a basculé. Pour ses camarades politiques, c’est aussi la disparition brutale d’un homme qui occupait une place particulière dans la vie publique haïtienne. Et pour la population, c’est un autre nom qui vient s’ajouter à la longue liste des victimes dont les familles attendent encore que l’État leur dise simplement : voici ce qui s’est passé et voici ceux qui doivent répondre de leurs actes.
Quatre ans plus tard, cette réponse se fait toujours attendre. Les autorités avaient annoncé une enquête. Des pistes ont été évoquées, des investigations engagées. Mais une enquête qui ne débouche pas sur des résultats visibles finit par devenir, aux yeux de la population, une promesse de plus. Qui a exécuté Éric Jean-Baptiste ? Qui a organisé cette attaque ? Y avait-il un commanditaire ? Pourquoi a-t-il été pris pour cible ? Et pourquoi la justice haïtienne peine-t-elle encore à apporter des réponses publiques et incontestables ?
C’est ici que l’affaire dépasse le simple cadre judiciaire pour devenir une question profondément politique. Car lorsqu’un État se montre incapable d’établir la vérité sur l’assassinat d’un responsable politique, c’est sa propre capacité à protéger la vie et à rendre justice qui est interrogée. L’impunité ne tue pas seulement une deuxième fois les victimes ; elle détruit progressivement la confiance de ceux qui restent. Elle apprend aux citoyens que certaines vies peuvent disparaître sans que personne n’ait à rendre de comptes.
Il serait pourtant dangereux de transformer les soupçons en accusations. Dans une démocratie, ce ne sont ni les rumeurs ni les réseaux sociaux qui rendent justice, mais les preuves, l’enquête et les tribunaux. Mais cette exigence de prudence ne doit surtout pas servir de prétexte au silence. La prudence judiciaire n’est pas l’inaction politique. L’État doit expliquer ce qu’il a fait, ce que l’enquête a permis d’établir et pourquoi, après tant d’années, la vérité demeure hors de portée.
Alors, qui a tué Éric Jean-Baptiste ? La question reste posée. Elle est posée par une famille qui attend. Elle est posée par des militants qui refusent d’oublier. Elle est posée par une population qui voit trop souvent les enquêtes commencer et les dossiers s’enliser. Et elle est posée à un État qui ne peut éternellement réclamer la confiance du peuple tout en laissant les grands crimes sans réponse.
La mémoire d’Éric Jean-Baptiste ne réclame pas une vengeance. Elle réclame mieux : la vérité, la justice et la fin de l’impunité. Tant que les responsables de son assassinat ne seront pas clairement établis par la justice, cette question continuera de hanter la conscience publique. Et chaque année qui passe sans réponse ne fait qu’ajouter une nouvelle accusation silencieuse contre un système judiciaire et politique déjà profondément fragilisé.
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