Kidnapping : si l’État n’est pas épargné, qui protège encore la population ?

Port-au-Prince, 8 septembre 2026 — Le kidnapping connaît une nouvelle recrudescence en Haïti, au point de toucher désormais des personnalités occupant des fonctions importantes au sein de l’appareil public. La directrice générale de l’ONAPÉ, Stéphanie Paulette, et Me Caleb Jean Baptiste auraient été enlevés lundi à Gros-Morne, dans le département de l’Artibonite.

Cette nouvelle affaire intervient alors que le gouvernement affirme, depuis plusieurs semaines, travailler au rétablissement de la sécurité et à la reprise du contrôle du territoire. Mais sur le terrain, la multiplication des enlèvements vient une nouvelle fois mettre ces déclarations à l’épreuve.

Le cas de Me Caleb Jean Baptiste prend une dimension particulière. Lors de ses dernières interventions publiques, il avait défendu l’idée que le gouvernement travaillait à améliorer la situation sécuritaire. Le fait qu’il soit lui-même victime d’un enlèvement présumé soulève désormais une question politique : les assurances du pouvoir résistent-elles réellement à l’épreuve des faits ?

Le phénomène ne semble d’ailleurs pas limité à l’Artibonite. Selon une source policière citée par Métronome, dix cas d’enlèvement auraient été signalés au cours du week-end écoulé dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, notamment dans la commune de Delmas. Le journaliste de Radio Métropole, Wesly Renaud, figure parmi les personnes qui auraient été enlevées.

Cette succession d’incidents nourrit inévitablement les interrogations dans l’opinion. S’agit-il d’une aggravation de la crise sécuritaire, d’un nouvel échec des mécanismes de protection ou certains événements pourraient-ils être exploités comme une diversion dans un contexte politique particulièrement tendu ? À ce stade, aucun élément public ne permet d’établir l’existence d’une quelconque opération de diversion. La question demeure néanmoins posée.

L’enlèvement présumé de la directrice générale de l’ONAPÉ donne également une portée institutionnelle à cette nouvelle vague de kidnapping. Une responsable de l’administration publique, malgré les moyens de protection dont peuvent disposer certaines personnalités, n’aurait pas été épargnée par l’insécurité qui frappe quotidiennement la population.

Dès lors, une interrogation dépasse le seul cas de Stéphanie Paulette : l’État est-il encore capable de protéger ceux qui le représentent ? Si des responsables publics, des avocats, des journalistes et des citoyens ordinaires sont exposés au même risque, la question de l’autorité effective de l’État sur le territoire devient incontournable.

Cette situation intervient alors que les autorités cherchent à créer les conditions nécessaires à la relance de la vie institutionnelle et à l’organisation des prochaines élections. Or, sans amélioration significative de la sécurité, le processus politique risque de rester confronté à un obstacle majeur.

La crise sécuritaire devient ainsi une crise de crédibilité politique. Les déclarations officielles ne suffisent plus à rassurer une population qui attend des résultats concrets. Le gouvernement est désormais appelé à démontrer que ses annonces sur la sécurité correspondent à une réalité observable sur le terrain.

Car si l’État lui-même n’est plus épargné par le kidnapping, une question s’impose avec encore plus de force : qui protège encore la population ?

Junior Garçon
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