Port-au-Prince, 7 octobre 2026. — Le nom de l’ancien sénateur du Nord et dirigeant de Pitit Dessalines, Moïse Jean-Charles, apparaît dans le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti. Les experts consacrent une partie de leurs investigations au commerce des civelles, ces jeunes anguilles dont l’exportation représente une activité particulièrement lucrative, mais qui demeure faiblement réglementée en Haïti.

Selon le rapport, le secteur est exposé à la contrebande, à la fraude douanière et au blanchiment d’argent. Les experts estiment que l’absence de mécanismes de contrôle efficaces favorise le développement de réseaux capables de contourner les procédures d’exportation.
Moïse Jean-Charles au centre du réseau décrit par l’ONU
Le Groupe d’experts affirme que le commerce haïtien des civelles est principalement dominé par Moïse Jean-Charles, qu’il présente comme un ancien sénateur, ancien candidat à la présidence et dirigeant de Pitit Dessalines.
D’après les enquêteurs, le réseau associé à l’ancien parlementaire exercerait une influence sur différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement, depuis l’exploitation des civelles jusqu’à leur exportation. Le rapport évoque notamment une influence présumée sur les personnes affectées au bureau chargé de délivrer les permis d’exportation.
Les experts citent également le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, ainsi que des agents des douanes chargés du contrôle des marchandises exportées.
Le Groupe affirme que cette influence aurait notamment permis à certains acteurs du secteur de contourner des contrôles et des obligations fiscales. Il rapporte également des témoignages faisant état de pressions exercées sur des agents des douanes qui auraient refusé de se conformer à certaines demandes.
Ces éléments constituent les conclusions et allégations du Groupe d’experts des Nations unies. Ils ne constituent pas, à eux seuls, une condamnation judiciaire de Moïse Jean-Charles.
Un commerce très lucratif
Le rapport souligne l’importance économique du commerce des civelles. Selon les estimations citées par les experts, un kilogramme peut atteindre entre 3 000 et 5 000 dollars américains sur le marché international, alors que les pêcheurs haïtiens recevraient une fraction de cette valeur.
Le secteur présente donc un intérêt considérable pour les réseaux qui contrôlent la collecte, le transport et l’exportation des civelles.
Les experts soulignent parallèlement les faiblesses du cadre réglementaire haïtien. Haïti n’est notamment pas partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), ce qui limite l’application de certaines règles internationales de traçabilité et de contrôle.
Le Groupe recommande ainsi aux autorités haïtiennes d’envisager l’adoption d’un cadre réglementaire spécifique pour l’exploitation et le commerce des civelles, dans l’attente d’une éventuelle adhésion du pays à la CITES.
Un incident à Fort-Liberté
Les investigations du Groupe portent également sur plusieurs opérations de contrebande. Les experts évoquent notamment un incident survenu le 20 décembre 2024 à Fort-Liberté, dans le Nord-Est, qui aurait permis de mettre en lumière une partie des circuits utilisés pour l’exportation clandestine des civelles.
En juin 2026, les services douaniers d’un État membre ont par ailleurs confirmé aux enquêteurs deux affaires de contrebande de civelles vivantes survenues entre octobre et décembre 2024. Selon le rapport, ces dossiers présentaient des similitudes dans le mode opératoire et étaient reliés par une même personne.
Le Groupe estime que ces éléments illustrent l’existence de circuits transnationaux permettant de faire sortir des civelles d’Haïti sans respecter l’ensemble des formalités requises.
Au-delà de Moïse Jean-Charles, les failles de l’État
Le rapport ne présente pas uniquement cette affaire comme celle d’un homme politique. Il met également en évidence les faiblesses structurelles de l’administration haïtienne dans le contrôle d’un secteur à forte valeur commerciale.
Les experts décrivent un environnement dans lequel l’insuffisance des contrôles, la faiblesse des mécanismes de traçabilité et les pratiques de corruption peuvent favoriser les réseaux de contrebande.
Cette situation pose également la question de la responsabilité des institutions chargées de délivrer les autorisations et de contrôler les marchandises à l’exportation.
Pour le Groupe d’experts, la lutte contre ces pratiques passe donc par un renforcement de la réglementation, des contrôles douaniers et des mécanismes permettant de suivre les civelles depuis leur capture jusqu’à leur exportation.
La mise en cause de Moïse Jean-Charles dans ce rapport intervient alors que le dirigeant de Pitit Dessalines demeure une figure active de la vie politique haïtienne. Les accusations formulées par les experts des Nations unies devraient désormais faire l’objet d’une attention particulière des autorités concernées, notamment pour déterminer les suites judiciaires ou administratives susceptibles d’être données à ces éléments.
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