Décodage Info, le 14 mars 2026.-
Depuis plusieurs années, Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), s’est installé dans le rôle de procureur permanent de la vie publique haïtienne. À chaque crise, à chaque scandale, il surgit dans les médias pour dénoncer la corruption, pointer du doigt des responsables et distribuer des leçons de morale.

Sa dernière sortie ne fait pas exception. Selon lui, des policiers du Corps d’Intervention et de Maintien d’Ordre (CIMO), de la Brigade d’Opération et d’Intervention Départementale (BOID) et de la circulation auraient servi d’éclaireurs dans des enlèvements à Delmas depuis octobre 2025. Cinq agents auraient déjà été arrêtés par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ).
Le RNDDH accuse également des membres du gouvernement : deux ministres visés pour corruption dans des dossiers traités par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), trois possédant une nationalité étrangère et une autre impliquée dans un scandale d’images indécentes.
L’organisation pointe même la responsabilité du Premier ministre, accusé d’avoir choisi ses ministres avec légèreté.
Mais derrière cette avalanche d’accusations, un malaise persiste. Car celui qui prétend incarner la conscience morale du pays traîne lui aussi des zones d’ombre. Le nom de Pierre Espérance a déjà été cité dans plusieurs controverses liées à la gestion de fonds publics, notamment autour de programmes associés au Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement (BMPAD).
Alors une question simple s’impose : avec quelle crédibilité Pierre Espérance peut-il continuer à se poser en juge de la corruption nationale ?
Dans un pays fatigué par les scandales, les citoyens attendent de la cohérence. On ne peut pas exiger la transparence des autres tout en restant silencieux sur les interrogations qui entourent son propre parcours.
La lutte contre la corruption en Haïti ne peut pas être un spectacle médiatique ni un instrument de règlement de comptes politiques. Elle exige une règle simple : la même rigueur pour tous. Et cela commence aussi par ceux qui prétendent parler au nom de la morale publique.
Jean Gilles Désinord







