Entre dénonciation et ingérence : l’ambassadeur du Canada accuse les élites haïtiennes de corruption et renvoie le peuple à ses responsabilités

Lors d’une interview accordée à AyiboPost, l’ambassadeur du Canada en Haïti, André François Giroux, a tenu un discours particulièrement sévère à l’égard des dirigeants haïtiens. Dans des déclarations qui suscitent déjà de nombreuses réactions, le diplomate canadien a dénoncé la corruption au sommet de l’État, l’affaiblissement volontaire de la justice et les liens présumés entre certains acteurs politiques et les groupes armés.
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Dècodage Info, le 11 Mai 2026

À travers ses propos, l’ambassadeur a dressé le portrait d’un système politique qu’il considère profondément gangrené par l’impunité. Selon lui, plusieurs responsables auraient contribué à transformer l’appareil judiciaire en instrument de protection personnelle, empêchant toute poursuite contre des figures du pouvoir. Il a notamment évoqué certains anciens membres du Conseil présidentiel de transition, accusés d’avoir adopté des mécanismes juridiques visant à se prémunir contre d’éventuelles actions judiciaires.

Ces déclarations, inhabituelles par leur ton direct, remettent une nouvelle fois sur la table la question sensible de l’ingérence internationale dans les affaires haïtiennes. Car si plusieurs citoyens partagent le constat d’un État fragilisé par la corruption et la violence, d’autres s’interrogent sur la légitimité d’un représentant étranger à intervenir aussi ouvertement dans le débat politique national.

Depuis des décennies, le Canada fait pourtant partie des puissances étrangères les plus influentes dans les dossiers haïtiens, aux côtés des États-Unis et de la France. Plusieurs secteurs de l’opinion publique reprochent justement à la communauté internationale d’avoir soutenu ou toléré, à différents moments, des dirigeants contestés, contribuant ainsi à la crise actuelle qu’elle prétend aujourd’hui dénoncer.

« La situation actuelle d’Haïti n’est pas normale », a affirmé André François Giroux, estimant que le pays dispose des ressources humaines nécessaires pour avancer, mais que la population vit dans des conditions inacceptables. Il a également dénoncé l’utilisation présumée des gangs armés à des fins politiques et économiques, qualifiant ces pratiques de menace grave pour l’avenir national.

Le diplomate canadien a aussi lancé un appel aux Haïtiens afin qu’ils reprennent leur destin en main. Selon lui, aucune puissance étrangère ne pourra sauver Haïti à la place des Haïtiens eux-mêmes. Un message qui, pour certains observateurs, sonne comme une invitation à la mobilisation citoyenne, mais qui révèle également les limites des interventions internationales répétées dans le pays.

Dans son intervention, l’ambassadeur a insisté sur la nécessité d’organiser des élections crédibles afin de sortir de l’impasse politique et de restaurer des institutions légitimes. Pour lui, le retour à l’ordre démocratique demeure l’une des principales conditions pour espérer rétablir un climat de stabilité et de confiance.

Cependant, derrière cet appel à la démocratie, plusieurs voix continuent de dénoncer ce qu’elles considèrent comme une contradiction persistante : la communauté internationale réclame des institutions fortes et souveraines tout en conservant une influence majeure sur les grandes décisions politiques et sécuritaires du pays. Une ambiguïté qui alimente, chez de nombreux Haïtiens, un profond sentiment de méfiance envers les discours des partenaires étrangers.

Jean Gilles Dèsinord
Décodage Info

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