Haiti : le gouvernement multiplie les promesses, la population attend toujours les résultats

À l’issue du forum de la Fédération nationale des CASEC, le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé a une nouvelle fois affiché une rhétorique volontariste sur la sécurité, la gouvernance locale et l’organisation d’élections en 2026. Un discours solennel, fortement médiatisé, mais qui peine à masquer l’écart béant entre les annonces officielles et la réalité quotidienne vécue par la population haïtienne.

Décodage Info, le 18 décembre 2025.

Déclarer 2026 « année électorale et de libre circulation » relève davantage de l’incantation politique que d’une projection crédible, dans un pays où de vastes zones restent sous contrôle de groupes armés, où les routes nationales sont impraticables et où la peur dicte encore les déplacements des citoyens. Après des années de promesses similaires, l’engagement à « mettre un terme définitif au grand banditisme » sonne creux pour de nombreux observateurs, tant les précédentes stratégies sécuritaires ont échoué ou été abandonnées sans bilan public.

La reconnaissance de 23 mois d’arriérés de salaires dus aux élus locaux, présentée comme un geste fort de gouvernance de proximité, pose elle-même question : comment parler de stabilité institutionnelle quand l’État admet publiquement son incapacité chronique à honorer ses obligations salariales ? Cette situation illustre moins un renforcement de la décentralisation qu’un affaiblissement structurel de l’administration publique, laissé sans solution durable.

La création annoncée de Conseils de sécurité dans les sections communales, assortie d’un mécanisme de partage d’informations, apparaît elle aussi comme une mesure tardive. Dans un contexte où les forces de l’ordre manquent cruellement de moyens, de formation et parfois de confiance de la population, la coordination institutionnelle ne saurait remplacer une véritable réforme de la sécurité publique, toujours absente du débat gouvernemental.

Quant à la promesse de doter chaque section communale d’un téléviseur et de panneaux solaires pour la Coupe du monde 2026, elle suscite une incompréhension quasi générale. Beaucoup y voient une tentative de diversion symbolique, voire de populisme mal assumé, dans un pays où l’accès à l’eau potable, aux soins de santé et à l’éducation demeure hors de portée pour une large partie de la population. La mobilisation autour des Grenadiers, aussi légitime soit-elle sur le plan émotionnel, ne saurait se substituer à une politique sociale et économique cohérente.

En définitive, ce communiqué illustre une gouvernance davantage centrée sur la communication que sur des résultats tangibles. À moins d’un changement radical dans la mise en œuvre des politiques publiques, les élections de 2026 risquent de rester, une fois encore, un horizon lointain invoqué pour masquer l’absence de réponses concrètes aux urgences nationales. La population, elle, ne se contente plus de discours : elle attend des actes.

La Rédaction

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