À quelques mois du premier tour des élections annoncé pour décembre, le Conseil électoral provisoire (CEP) poursuit le processus électoral. Pourtant, entre l’insécurité grandissante, les kidnappings, la crise économique et les incertitudes migratoires, de nombreuses voix s’interrogent sur les véritables priorités du gouvernement.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a officiellement procédé, ce mardi, à son inscription sur la liste électorale au Lycée de Pétion-Ville, lançant un signal fort en faveur du processus électoral. Mais cette image contraste avec la réalité quotidienne de milliers d’Haïtiens.
À Croix-des-Bouquets, dans la Plaine du Cul-de-Sac, à Canaan, à Delmas et dans plusieurs autres zones du pays, des citoyens vivent sous la menace permanente des groupes armés. Beaucoup ne peuvent plus circuler librement, travailler ou exercer leurs activités sans craindre pour leur vie. Dans ces conditions, une question s’impose : combien d’entre eux pourront réellement se rendre dans un centre d’inscription ou dans un bureau de vote ?
Pendant que le calendrier électoral suit son cours, les kidnappings continuent de se multiplier. Les affaires qui font la une des médias ne sont que la partie visible d’une crise plus profonde. Dans l’ombre, des familles, souvent démunies, négocient seules avec les ravisseurs, vendent leurs biens ou s’endettent pour sauver la vie d’un proche. Beaucoup choisissent le silence, par peur de représailles ou faute de moyens pour attirer l’attention sur leur drame.
Au même moment, la population continue de subir une dégradation constante de ses conditions de vie. L’inflation, le chômage, la baisse du pouvoir d’achat et la précarité frappent durement les ménages. À cela s’ajoutent les inquiétudes liées à la situation migratoire de nombreux Haïtiens aux États-Unis, où la fin ou la remise en cause de certains mécanismes de protection pourrait entraîner de nouveaux retours forcés, avec des conséquences importantes pour un pays déjà fragilisé.
Dans ce contexte, le débat dépasse largement la tenue des élections. La véritable question est celle des priorités nationales. Peut-on construire une démocratie durable sans garantir d’abord la sécurité des citoyens ? Peut-on parler d’élections inclusives lorsque des portions du territoire échappent encore au contrôle de l’État ?
Organiser des élections constitue une étape importante de la transition. Mais pour une partie de la population, la priorité demeure la reconquête du territoire, la protection des citoyens, le démantèlement des groupes armés et le rétablissement de l’autorité de l’État.
Car une démocratie ne se mesure pas uniquement à la tenue d’un scrutin. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à protéger son peuple, à garantir ses droits fondamentaux et à permettre à chaque citoyen de voter librement, sans peur et sans contrainte.
Junior Garçon
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