Haïti : l’Opposition progressiste interpelle Albert Ramdin et met en garde contre une nouvelle crise électorale

La visite en Haïti du secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert R. Ramdin, intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Profitant de sa présence dans le pays, l’Opposition progressiste lui adresse une lettre ouverte dans laquelle elle demande à l’organisation régionale de revoir son approche de la crise haïtienne et de ne pas cautionner, selon elle, un processus électoral déjà contesté.

Dans cette correspondance signée par Delson Cius, Jeantel Joseph, Me Anibal Coffy et Jonas Coffy, les auteurs reviennent sur plusieurs années d’accompagnement de l’OEA en Haïti. Ils dressent un constat amer : insécurité persistante, expansion des groupes armés, institutions fragilisées, difficultés sociales et crises politiques à répétition. À leurs yeux, l’expérience accumulée devrait pousser l’organisation à adopter une nouvelle manière d’aborder la situation haïtienne.

Les signataires s’en prennent également au gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Ils contestent sa légitimité politique et lui reprochent notamment une gouvernance qu’ils jugent inefficace, ainsi que des pratiques qu’ils qualifient de népotistes et de corrompues. Ces accusations reflètent une opposition assumée au fonctionnement actuel du pouvoir.

Mais c’est surtout la question électorale qui inquiète les auteurs de la lettre. Ils estiment que certaines règles du processus pourraient écarter des partis et des candidats disposant d’un véritable ancrage populaire. Ils expriment aussi leurs réserves sur l’indépendance du Conseil électoral provisoire (CEP), craignant qu’un processus mal accepté ne débouche sur une nouvelle crise de légitimité.

Pour autant, l’Opposition progressiste affirme qu’elle ne tourne pas le dos aux élections. Elle dit vouloir participer au scrutin, avec des candidats déjà choisis, mais souhaite que les règles soient les mêmes pour tous. Elle réclame des élections transparentes, crédibles et inclusives, dans lesquelles chaque courant politique puisse défendre ses idées et où les électeurs puissent réellement choisir leurs représentants.

Au-delà des accusations et des divergences politiques, la lettre adresse surtout un appel à Albert Ramdin : écouter, observer et prendre le temps de comprendre la réalité vécue par les Haïtiens. Les signataires demandent à l’OEA de jouer un rôle impartial et de contribuer à rétablir la confiance autour du processus électoral. Pour eux, le pays n’a plus besoin d’un scrutin qui approfondirait les divisions, mais d’une démarche capable de rapprocher les acteurs et de redonner aux citoyens confiance dans leur avenir démocratique.

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