Barthélemy Guibert conteste l’adhésion du CAHDOA à VIKTWA et alerte sur les dérives du processus électoral

À l’approche des prochaines échéances électorales, les interrogations se multiplient au sein de la classe politique haïtienne. Dans une entrevue accordée ce vendredi à notre rédaction le président du Collectif des Acteurs Haïtiens pour le Développement et l’Organisation Alternative (CAHDOA), Dr Barthélemy Guibert, livre sa lecture du processus électoral et conteste particulièrement l’adhésion de sa formation à la plateforme VIKTWA.

Port-au-Prince, 18 septembre 2026

Selon le dirigeant politique, cette intégration aurait été effectuée sans une décision formelle des instances dirigeantes du CAHDOA. Une situation qu’il considère comme préoccupante alors que les différentes formations politiques s’organisent en vue des prochaines élections.

Une longue expérience de la vie politique

Barthélemy Guibert s’appuie sur plusieurs années d’engagement politique pour analyser la conjoncture actuelle. Il rappelle avoir été actif au sein de Fanmi Lavalas, notamment comme commissaire départemental de 1996 à 2000. Il indique également avoir été candidat à deux reprises au Sénat pour le département de la Grande-Anse.

Pour lui, une fonction élective ne devrait pas être perçue comme une simple position de pouvoir, mais comme un moyen de servir la collectivité.

«« Je ne vois pas le Sénat comme un poste, mais plutôt comme une contribution pour servir mon pays », affirme-t-il.»

Le président du CAHDOA estime que ses expériences électorales lui ont permis de tirer plusieurs leçons sur le fonctionnement de la politique haïtienne et sur les enjeux qui entourent les élections.

Une crise haïtienne à dimension internationale

Dans son analyse, Barthélemy Guibert considère que la crise que traverse Haïti ne peut être appréhendée uniquement sous l’angle national.

Il estime que l’implication des acteurs internationaux constitue également un facteur important pour comprendre les décisions et les orientations prises dans la gestion de la crise haïtienne.

Cette lecture, dit-il, découle notamment de ses expériences politiques et électorales antérieures.

Du refus des partis existants à la création du CAHDOA

Le président du CAHDOA affirme avoir été sollicité par plusieurs formations politiques souhaitant le voir porter leurs couleurs dans le cadre des prochaines élections. Il dit toutefois avoir choisi de ne pas intégrer une formation politique existante.

La création du CAHDOA serait intervenue par la suite, à la suite de discussions avec plusieurs collègues et partenaires qui l’auraient encouragé à mettre sur pied une nouvelle structure politique.

Barthélemy Guibert en assure aujourd’hui la présidence, après avoir été choisi par l’assemblée générale.

Concernant ses rapports avec le pouvoir en place, il affirme que le directoire du CAHDOA n’a jamais tenu de rencontre officielle avec le gouvernement.

Il reconnaît cependant que certains membres du collectif entretiennent des relations avec des personnalités proches du pouvoir, citant notamment l’ancien député de Mirebalais Abel Descolines et l’actuel directeur général de l’OFATMA, l’agronome Vikerson Garnier.

VIKTWA : Guibert conteste la procédure

La présence du CAHDOA au sein de VIKTWA constitue le principal point de désaccord soulevé par Barthélemy Guibert.

Le dirigeant affirme que sa formation politique avait entrepris les démarches nécessaires pour participer aux prochaines élections sous sa propre bannière. Il conteste donc son intégration à VIKTWA, estimant qu’une telle décision aurait dû être préalablement approuvée par les instances compétentes du parti.

«« Je suis le président du parti. Si le parti doit intégrer une plateforme, c’est à moi de signer, après que les membres du bureau, qui sont au nombre de 15, auront adopté une résolution en ce sens », soutient-il.»

Selon lui, le directoire du CAHDOA n’aurait rencontré ni les responsables du gouvernement ni ceux de VIKTWA pour décider officiellement d’une telle alliance.

La contestation porte ainsi essentiellement sur la procédure ayant conduit au rattachement du CAHDOA à la plateforme.

Une primaire de VIKTWA qui soulève des questions

Barthélemy Guibert revient également sur une activité organisée par VIKTWA à l’hôtel Kinam, à Pétion-Ville, dans le cadre du processus de désignation de ses candidats.

Il affirme avoir été témoin d’une situation qu’il qualifie d’intolérante. Selon son récit, une participante aurait exprimé son soutien à un autre prétendant à la présidence de la plateforme avant de faire face à une réaction hostile de certains responsables.

Ces déclarations constituent le témoignage du président du CAHDOA et n’ont pas été corroborées indépendamment.

VIKTWA a néanmoins poursuivi son processus de désignation et a choisi Wilner Joseph comme candidat à la présidence de la plateforme, selon les résultats communiqués par ses responsables.

Le cas Sorel Jacinthe dans la Grande-Anse

Dans son intervention, Barthélemy Guibert évoque également la situation de l’ancien sénateur de la Grande-Anse, Sorel Jacinthe, qu’il présente comme membre d’INITE.

Selon lui, Jacinthe aurait bénéficié du choix de la plateforme pour une candidature au Sénat dans la Grande-Anse et aurait également exercé une influence dans la sélection de plusieurs candidats à la députation.

Il affirme notamment que cinq candidats sur les neuf sièges de députés du département auraient été concernés par ce processus.

Ces déclarations relèvent du récit du président du CAHDOA et nécessitent une confirmation auprès des responsables de VIKTWA et des personnalités concernées.

L’argent au cœur de la compétition électorale

Autre préoccupation exprimée par Barthélemy Guibert : le poids de l’argent dans les compétitions électorales.

Il estime que certains candidats et électeurs tendent à considérer les ressources financières comme un élément déterminant de la conquête du pouvoir.

Le président du CAHDOA appelle ainsi les citoyens à revoir leur rapport au vote et à accorder davantage d’importance au parcours et à l’intégrité des candidats.

«« Le peuple doit changer sa conception en posant un acte patriotique pour éviter de donner le pouvoir aux plus mafieux », déclare-t-il.»

Le « syndicat de vote » proposé aux électeurs

Pour favoriser une plus grande implication citoyenne, Barthélemy Guibert propose la création de ce qu’il appelle un « syndicat de vote ».

Il s’agirait de regroupements de citoyens chargés d’examiner les profils des candidats, leurs parcours et leurs propositions avant de leur accorder leur soutien.

L’objectif, selon lui, serait de privilégier l’intégrité, l’honnêteté et la capacité à servir la collectivité plutôt que les moyens financiers mobilisés pendant la campagne.

La sécurité, une condition pour des élections crédibles

La situation sécuritaire constitue enfin l’une des principales préoccupations soulevées par le président du CAHDOA.

Barthélemy Guibert s’interroge sur les conditions dans lesquelles les candidats pourront mener leurs campagnes et les électeurs participer au scrutin dans les zones affectées par l’insécurité.

Il demande notamment quels mécanismes seront mis en place pour assurer la circulation des candidats, l’organisation des rassemblements politiques et l’accès des électeurs aux bureaux de vote.

Pour lui, le rétablissement de conditions minimales de sécurité demeure une question incontournable avant la tenue des élections.

Des interrogations sur l’avenir du processus électoral

À travers son intervention, Barthélemy Guibert met donc sur la table plusieurs enjeux : les alliances entre partis, la transparence des plateformes politiques, la sélection des candidats, le financement des campagnes, la responsabilité des électeurs et la sécurité.

Sa contestation du rattachement du CAHDOA à VIKTWA soulève particulièrement la question de l’autorité des instances dirigeantes d’un parti dans la conclusion d’accords politiques.

Alors que les formations politiques poursuivent leur préparation en vue des prochaines échéances, ces différentes questions pourraient continuer à alimenter les débats sur la crédibilité et les conditions d’organisation du processus électoral en Haïti.

Jean Gilles Désinord
Décodage Info

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