Port-au-Prince, 16 octobre 2026. — La numérisation du processus d’accréditation des écoles privées, engagée par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), remet en lumière une difficulté qui dépasse le secteur scolaire. Dans les administrations haïtiennes, la conservation et la consultation de documents exclusivement sur papier peuvent compliquer les démarches des usagers, ralentir le traitement des dossiers et exposer des archives à des risques de disparition.

Jeudi 15 octobre, à Pétion-Ville, le MENFP a présenté et testé des applications web destinées à gérer l’autorisation d’ouverture des écoles privées, l’octroi du permis de fonctionner et la délivrance du certificat d’accréditation. Le projet, piloté par la Direction d’accréditation des écoles privées et du partenariat (DAEPP), prévoit notamment la délivrance de permis électroniques à 90 % des établissements identifiés dans le système d’information du ministère d’ici juin 2027.
Le recours aux outils numériques pourrait réduire certaines difficultés rencontrées dans la gestion des archives physiques. Lorsqu’un document est mal classé, égaré ou difficile à retrouver, l’usager peut être contraint de multiplier les déplacements et les démarches pour obtenir une copie ou faire avancer son dossier. La situation devient encore plus préoccupante lorsque des documents anciens sont endommagés ou détruits sans qu’une copie soit disponible.
Le risque d’incendie constitue également une menace pour les institutions qui dépendent fortement de leurs archives papier. Un sinistre peut entraîner la perte simultanée de dossiers scolaires, de registres administratifs, de diplômes ou d’autres pièces essentielles. La conservation de copies numériques, sur des systèmes sécurisés et régulièrement sauvegardés, permettrait de mieux protéger ces informations. Elle ne supprimerait cependant pas tous les risques, notamment ceux liés aux pannes informatiques, aux cyberattaques ou à l’absence de sauvegardes fiables.
Cette problématique concerne aussi l’Université d’État d’Haïti (UEH). Dans une institution où la gestion des dossiers étudiants, des relevés de notes, des attestations, des diplômes et des archives universitaires occupe une place importante, un service numérique centralisé serait particulièrement utile. Il pourrait faciliter la recherche des documents, accélérer certaines procédures et réduire les difficultés auxquelles les étudiants et les anciens étudiants peuvent être confrontés lorsqu’ils sollicitent des pièces administratives.
Un tel dispositif nécessiterait néanmoins des investissements, une organisation claire, la formation du personnel et des garanties en matière de confidentialité. La numérisation devrait également s’accompagner d’un inventaire des archives existantes, de règles de conservation et de copies de sécurité stockées dans des environnements distincts. Sans ces précautions, le passage du papier au numérique risque de déplacer les problèmes plutôt que de les résoudre.
L’initiative du MENFP ouvre ainsi un chantier qui mérite d’être étendu à d’autres institutions publiques et universitaires. Au-delà de l’introduction d’applications web, l’enjeu est de garantir aux citoyens un accès plus simple à leurs documents et de préserver durablement des informations indispensables à leur parcours scolaire, universitaire et administratif.
Moïse François
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