L’installation officielle d’Uder Antoine à la Direction générale du Conseil électoral provisoire (CEP), ce vendredi 5 juin 2026, marque un tournant dans le bras de fer qui opposait depuis plusieurs jours la Primature et l’institution électorale.

Malgré les réserves exprimées par plusieurs conseillers électoraux et les appels au dialogue formulés par le CEP, le gouvernement a choisi de maintenir sa décision.
Au-delà de la nomination elle-même, c’est le message envoyé à l’opinion publique qui interpelle. À quelques mois d’échéances électorales présentées comme cruciales pour l’avenir du pays, l’Exécutif et le CEP donnent l’image d’institutions davantage préoccupées par leurs rapports de force que par la préparation sereine du scrutin.
Pourtant, Haïti traverse une période exceptionnelle. Plus de dix ans sans élections régulières, près de cinq ans sans président élu depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, une crise sécuritaire persistante et une profonde méfiance de la population envers les institutions : le contexte exige responsabilité, dialogue et esprit de compromis.
Le gouvernement soutient que cette nomination vise à assurer le fonctionnement administratif du CEP.
L’argument peut s’entendre. Mais la manière dont cette décision a été imposée malgré les objections publiques de plusieurs membres de l’institution risque d’alimenter davantage les interrogations sur l’indépendance de l’organe chargé d’organiser les élections.
De son côté, le CEP a le devoir de défendre son autonomie, condition essentielle à la crédibilité du processus électoral. Mais cette autonomie ne doit pas conduire à une paralysie institutionnelle. Le pays attend des solutions, non des blocages.
La question fondamentale demeure inchangée : les élections pourront-elles se tenir dans les délais annoncés et dans des conditions de transparence suffisantes pour convaincre les citoyens de participer au processus ? C’est sur cette réponse que seront jugés aussi bien le gouvernement que le CEP.
L’installation d’Uder Antoine clôt peut-être un épisode de cette crise, mais elle ne règle pas le problème de fond. La confiance, élément indispensable à toute consultation électorale, ne se décrète pas. Elle se construit à travers le dialogue, le respect mutuel des institutions et la recherche constante du consensus.
Haïti n’a plus le luxe des querelles institutionnelles. Chaque décision qui fragilise davantage la confiance dans le processus électoral éloigne un peu plus le pays du retour à la légitimité démocratique qu’il attend depuis trop longtemps.
Moïse François
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