Port-au-Prince, le 18 septembre 2026. — Le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE) a lancé, ce vendredi, la revue de portefeuille des programmes et projets à financement externe pour l’exercice 2025-2026. Au moment où les autorités annoncent un portefeuille actif de 364,75 milliards de gourdes, la démarche intervient dans un pays où les effets concrets de nombreux programmes de développement restent difficiles à percevoir sur le terrain.

Selon les données présentées par la Direction de la Coopération Externe (DCE), 141,29 milliards de gourdes ont déjà été décaissés, soit 38,74 % du portefeuille, tandis que 223,46 milliards de gourdes restent à décaisser. L’ensemble représente 118 lignes de financement correspondant à 112 projets. Ces chiffres donnent une idée de l’importance des ressources mobilisées, mais ils posent aussi la question de leur traduction en résultats concrets pour la population.
La revue lancée par le MPCE doit précisément permettre d’évaluer la performance technique et financière des projets, d’identifier les goulots d’étranglement et de vérifier leur alignement sur les priorités nationales. Cette évaluation prend une importance particulière dans un contexte où les difficultés d’accès aux services de base, l’insécurité, le déplacement de populations et la dégradation des infrastructures continuent de peser lourdement sur les conditions de vie.
Lors de la cérémonie, la ministre Sandra Paulemon a défendu une approche fondée sur l’appropriation nationale, l’efficacité, les résultats et la responsabilité mutuelle. Elle a également appelé à éviter les duplications entre partenaires et à mieux orienter les ressources vers les besoins prioritaires. Sur le terrain, ces principes devront toutefois être confrontés aux résultats effectivement obtenus par les projets financés.
Le décalage entre les montants annoncés et les changements perceptibles dans plusieurs secteurs constitue l’un des enjeux de cette revue. Des ressources importantes peuvent être engagées sans produire automatiquement des effets proportionnels lorsque les projets connaissent des retards, des difficultés d’exécution, des problèmes de coordination ou lorsque les financements ne répondent pas suffisamment aux besoins prioritaires.
Le représentant du ministère de l’Économie et des Finances, Fritz Gérald Louis, a d’ailleurs insisté sur la nécessité d’une meilleure articulation entre la planification, la mobilisation des ressources, la programmation budgétaire et l’exécution des projets. Une coordination plus efficace est également réclamée entre les institutions nationales et les partenaires techniques et financiers.
Le directeur général du MPCE, Guy Roméro Latry, a présenté la revue comme un instrument permettant d’avoir une vision commune de l’état d’avancement des projets, des résultats obtenus et des difficultés rencontrées. La Directrice de la Coopération Externe, Yvrose Guerrier, a précisé que l’exercice portera notamment sur les performances techniques et financières des projets.
La question ne porte donc pas uniquement sur les sommes disponibles ou déjà dépensées. Elle concerne aussi ce que ces financements ont effectivement changé dans la vie des bénéficiaires. Routes, écoles, hôpitaux, agriculture, accès à l’eau, création d’emplois ou renforcement des services publics : l’évaluation devra permettre de mesurer les réalisations au-delà des rapports administratifs et des taux de décaissement.
Avec 223,46 milliards de gourdes encore à décaisser, le portefeuille dispose par ailleurs d’une marge financière considérable. La capacité des institutions haïtiennes et des partenaires à transformer ces engagements en réalisations visibles et durables constituera donc un enjeu majeur de la suite du processus.
La revue engagée par le MPCE pourrait ainsi dépasser le simple exercice de suivi administratif. Elle devra permettre de déterminer quels projets produisent effectivement des résultats, lesquels accusent des retards et pourquoi, mais aussi si les ressources mobilisées correspondent réellement aux urgences auxquelles la population haïtienne est confrontée.
Francesca Laury
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