Haïti : Jean Michel Lapin attaque le bilan de la Transition et propose une nouvelle architecture du pouvoir

Port-au-Prince — La transition politique haïtienne continue de susciter de profondes interrogations sur l’avenir du pays. Dans une tribune intitulée « L’Héritage de la Transition », l’ancien Premier ministre Jean Michel Lapin revient sur les principales étapes de la crise depuis 2019 et dresse un bilan sévère de la période ouverte après l’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021.

Dans son analyse, Jean Michel Lapin situe l’origine de la crise actuelle dans l’intensification des affrontements politiques observés à partir de 2019. Il revient notamment sur l’émergence de ce qu’il qualifie d’« opposition institutionnelle », composée, selon lui, de parlementaires et de responsables politiques dont l’action aurait contribué au blocage du fonctionnement de l’État.

L’ancien chef du gouvernement établit également un rapprochement entre cette période de confrontation, le mouvement « peyi lòk » et la détérioration progressive du climat sécuritaire. À ses yeux, l’accumulation de ces tensions a contribué à fragiliser davantage le pays et à créer les conditions de la rupture politique qui a suivi juillet 2021.

Cinq ans après le début de cette nouvelle séquence politique, Jean Michel Lapin estime que le pays demeure confronté à une situation particulièrement préoccupante.

Il cite notamment l’aggravation de l’insécurité, l’érosion de l’État de droit, la dégradation de l’économie et l’affaiblissement de l’autorité publique. À cette liste s’ajoutent, selon lui, la détérioration des systèmes éducatif, sanitaire et judiciaire, l’accentuation des inégalités sociales et l’augmentation de la migration vers l’étranger.
Pour l’ancien Premier ministre, cette accumulation de difficultés révèle une crise qui dépasse largement la question sécuritaire. Elle traduit, selon son analyse, l’affaiblissement progressif de l’appareil d’État et sa difficulté à répondre aux besoins fondamentaux de la population.

La manière dont le pouvoir public est exercé constitue l’un des principaux axes de sa critique. Jean Michel Lapin dénonce ce qu’il appelle une « vassalisation de la gouvernance publique », estimant que les rapports de force politiques et les arrangements successifs ont contribué à réduire la capacité de l’État à agir avec efficacité et cohérence.

Il met également en avant les questions d’impunité et de corruption. Dans ce contexte, il fait référence au décret du 17 décembre 2025 portant organisation et fonctionnement de la Haute Cour de justice, qu’il inscrit dans sa réflexion sur la responsabilité des détenteurs du pouvoir et les mécanismes de reddition de comptes.

Face à ce qu’il considère comme une impasse, Jean Michel Lapin avance une proposition de réorganisation de l’exécutif autour d’un modèle bicéphale.

Cette formule constituerait, selon lui, une voie permettant de rééquilibrer l’exercice du pouvoir et de favoriser une plus large participation des différents secteurs politiques à la conduite des affaires publiques.

L’ancien Premier ministre propose parallèlement un calendrier électoral précis : une élection présidentielle le 7 février 2027, suivie des élections législatives et municipales à partir d’octobre de la même année.

Cette proposition replace ainsi la question du retour aux urnes au centre du débat national. Elle pose également la question de la capacité des acteurs politiques à s’accorder sur un cadre commun permettant de mettre fin à la période provisoire.

À travers cette tribune, Jean Michel Lapin défend l’idée d’un changement de cap. Son argumentaire repose sur la nécessité de sortir d’une succession de solutions temporaires et de reconstruire un pouvoir public capable d’assurer ses fonctions essentielles.

Mais une telle perspective dépendrait de plusieurs conditions : amélioration de la sécurité, restauration de l’autorité de l’État, préparation d’un processus électoral crédible et capacité des principaux acteurs à parvenir à un accord politique.

Le débat ne porte donc plus uniquement sur la durée de la transition. Il concerne désormais la forme du pouvoir, la légitimité des autorités, la reconstruction de l’État et les conditions d’un retour durable à la vie constitutionnelle.

Dans cette perspective, la proposition de Jean Michel Lapin — exécutif bicéphale, présidentielle le 7 février 2027 et élections législatives et municipales à partir d’octobre — vient alimenter une confrontation politique appelée à se poursuivre autour de la question fondamentale de la sortie de crise.

« Soyons enfin utiles au redressement de la patrie commune », conclut l’ancien Premier ministre.

Junior Garçon
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