Port-au-Prince, 2 octobre 2026 — Le Programme national de stabilisation et de relèvement économique, social et territorial (PNSREST) 2026-2030 avance vers sa validation finale, avec une enveloppe globale annoncée de 250 millions de dollars américains. Mais derrière les réunions, les orientations stratégiques et les mécanismes de financement, une question reste posée : quels changements concrets ce programme doit-il produire dans la vie des populations ?

Un atelier d’examen et de validation du PNSREST s’est tenu lundi 28 septembre 2026 à l’Hôtel Karibe, à Port-au-Prince. La rencontre a réuni des représentants du gouvernement, des Nations unies et des institutions financières internationales autour du document stratégique devant définir les grandes orientations du programme pour la période 2026-2030.
Le Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) a exprimé son soutien au programme, tout en demandant plusieurs modifications avant sa finalisation. Son titulaire, Marc Elie Nelson, insiste notamment sur la nécessité d’intégrer explicitement la Politique nationale de protection et de promotion sociales (PNPPS) et de préciser le rôle du Système d’information du MAST (SIMAST) dans le ciblage et le suivi des ménages.
Ces demandes révèlent un enjeu important : éviter que le PNSREST ne devienne un nouveau cadre de programmation superposé aux dispositifs existants, sans articulation claire avec les mécanismes nationaux de protection sociale.
Le ministre demande également que l’état d’avancement des programmes sociaux soit présenté de manière fidèle. Le Projet de protection sociale adaptative pour une résilience accrue (PSARA) et son dispositif Klere Chimen sont en cours. Le Programme d’urgence multisectoriel pour l’apaisement et la réinsertion sociale des groupes vulnérables (PUMARSGV) est en transition, alors que le programme PRISE demeure en phase de préparation.
La coexistence de ces différents programmes pose donc une autre question : comment mesurer leurs résultats respectifs et éviter les chevauchements dans les interventions et les financements ?
Le PNSREST prévoit une enveloppe globale de 250 millions de dollars américains, dont une contribution de l’État évaluée à 3 milliards de gourdes. Mais le ministre Marc Elie Nelson réclame davantage de précisions sur la provenance et la répartition de ces ressources.
Il demande notamment que soient clairement distingués les coûts estimés, les crédits proposés au Programme d’investissement public, les financements déjà acquis et les ressources restant à mobiliser. Pour le MAST, cette clarification est nécessaire afin d’éviter notamment les risques de double comptabilisation.
À ce stade, les éléments communiqués sur le programme détaillent davantage son architecture institutionnelle et financière que les résultats qui devraient être visibles dans les communautés. Le nombre de bénéficiaires attendus, les communes effectivement ciblées, les changements recherchés et les indicateurs permettant de mesurer ces changements devront encore être précisés.
Or, un programme de stabilisation et de relèvement économique, social et territorial ne peut être évalué uniquement à partir du nombre de projets inscrits, des réunions organisées ou des montants annoncés. Pour les populations, les résultats se mesurent notamment à travers l’accès aux services sociaux, l’amélioration des conditions de vie, les possibilités d’emploi, la protection des ménages vulnérables et la capacité des interventions publiques à atteindre effectivement les territoires ciblés.
Le MAST souhaite justement que les cibles et engagements sectoriels reposent sur des données vérifiées, des communes clairement identifiées et des ressources réellement disponibles. Le ministère affirme également avoir déjà transmis ses réponses au questionnaire ainsi que son analyse et ses recommandations concernant le diagnostic du programme. Il demande que ces contributions soient intégrées à la révision du document, du cadre de résultats et des annexes.
À l’approche de la conférence prévue en novembre 2026, le MAST prépare par ailleurs les fiches relatives à dix projets retenus dans sa programmation d’investissement public. Leur rattachement aux différents piliers et horizons du PNSREST doit encore être précisé avec les porteurs de projets avant leur examen par les groupes sectoriels.
Le véritable test du PNSREST commencera toutefois au-delà des salles de réunion et des documents de planification. Il faudra savoir où les 250 millions de dollars seront investis, qui en bénéficiera, dans quels délais et avec quels résultats mesurables.
Pour l’instant, le programme dispose d’une enveloppe annoncée, d’orientations et d’un processus de validation. Les effets concrets sur le terrain, eux, restent encore à démontrer.
Francesca Laury
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