Haïti : les alliés du CPT réclament une nouvelle transition, mais quel bilan présentent-ils ?

Après avoir accompagné une transition contestée, Jimmy Albert et ses alliés veulent désormais promouvoir une nouvelle formule politique. Mais avec Régine Abraham au CPT et les controverses entourant la gestion des fonds publics sous l’ancienne ministre Niola Lynn Sarah Dévalis Octavius, leur démarche soulève une question embarrassante : s’agit-il réellement de sauver Haïti ou de redistribuer les cartes du pouvoir sans jamais rendre de comptes sur les échecs du passé ?

En Haïti, les responsables politiques semblent avoir une facilité déconcertante à changer de discours sans véritablement répondre de leurs choix. Alors que la population continue de subir l’insécurité, les déplacements forcés, la pauvreté et l’effondrement des services publics, certains acteurs cherchent déjà à redessiner les contours du pouvoir. Jimmy Albert, à travers le Rassemblement des ententes nationales (REN), participe à cette nouvelle dynamique politique. Mais avant de présenter une autre formule de transition comme une solution, il devrait expliquer pourquoi les Haïtiens devraient croire à un projet porté par des acteurs associés à une expérience de gouvernance si vivement contestée.

L’initiative de l’Assemblée du Consensus national, organisée les 8 et 9 octobre à Pétion-Ville, remet au centre du débat la possibilité d’une nouvelle organisation de l’exécutif. Le problème n’est pas de discuter d’une sortie de crise : Haïti en a urgemment besoin. Le problème est de voir des responsables politiques dénoncer aujourd’hui les défaillances du pouvoir sans apporter suffisamment de réponses sur leur propre rôle dans la crise. Critiquer le gouvernement en place est une chose ; démontrer que l’on est capable de faire mieux en est une autre. Jimmy Albert et ses alliés ne peuvent pas demander un nouveau départ tout en évitant les questions sur les choix politiques qui ont marqué cette période.

Le parcours du REN au sein de la transition rend cette exigence de transparence encore plus importante. Régine Abraham, représentante du regroupement, a siégé au Conseil présidentiel de transition (CPT). Par ailleurs, le dossier de Niola Lynn Sarah Dévalis Octavius, ancienne ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, a soulevé de sérieuses interrogations sur la gestion des 50 millions de gourdes mobilisés pour les célébrations du 18 mai 2025. L’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a signalé des irrégularités et recommandé des suites judiciaires contre plusieurs responsables concernés. Ces éléments ne permettent pas de déclarer quiconque coupable avant l’aboutissement des procédures judiciaires, mais ils renforcent une question incontournable : où sont les explications complètes et les responsabilités institutionnelles attendues dans ce dossier ?

C’est précisément là que le discours de Jimmy Albert et de ses alliés doit être examiné avec rigueur. On ne peut pas réclamer une nouvelle transition comme si le pays pouvait simplement effacer les chapitres précédents. Les citoyens ont le droit de savoir ce que les acteurs qui ont accompagné cette période ont défendu, ce qu’ils ont obtenu et ce qu’ils n’ont pas réussi à empêcher. Si les mêmes réseaux politiques continuent de se retrouver autour des négociations, sans bilan public ni engagements précis, la nouvelle formule risque de ressembler davantage à une redistribution des postes qu’à un véritable projet de redressement national.

La crise haïtienne ne se résoudra pas par la multiplication des accords entre dirigeants ni par le remplacement d’une équipe politique par une autre. Les familles déplacées ont besoin de sécurité, les commerçants veulent pouvoir travailler sans craindre les violences, les jeunes attendent des perspectives et les citoyens veulent des institutions capables de protéger leurs droits. Une nouvelle transition qui ne présente ni calendrier contraignant, ni mécanismes de contrôle, ni objectifs mesurables ne serait qu’une promesse supplémentaire. Jimmy Albert et ses alliés doivent donc expliquer concrètement ce qu’ils proposent et quels mécanismes empêcheront la répétition des pratiques qu’ils dénoncent aujourd’hui.

Au bout du compte, la question est simple : s’agit-il de sortir Haïti de la crise ou de permettre à certains acteurs politiques de revenir au centre du jeu ? Il serait injuste de condamner un projet uniquement parce qu’il est porté par des responsables associés à la transition. Mais il serait tout aussi irresponsable de leur accorder un blanc-seing sans examen de leur bilan. Jimmy Albert et ses alliés doivent comprendre que la population ne peut plus se contenter de nouveaux slogans. Avant de réclamer une autre transition, ils doivent accepter l’exigence de transparence, répondre aux interrogations légitimes sur leur parcours et démontrer, par des propositions précises, qu’ils ne cherchent pas simplement à reproduire le système sous une nouvelle appellation.

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