« Même en règle, on vit dans la peur » : Kesnel Dorlean quitte les États-Unis et brise le silence sur le traumatisme migratoire

Le créateur de contenu haïtien Kesnel Dorlean a officiellement tourné le dos aux États-Unis. Après près de deux années passées sur le sol américain, il a annoncé son départ à travers une vidéo publiée sur sa page Facebook, provoquant une vague de réactions parmi ses abonnés et au sein de la diaspora haïtienne.

Décodage Info, le 21 janvier 2025

Dans un entretien téléphonique accordé à LSV Media, le jeune entrepreneur explique que sa décision est avant tout liée à une détérioration progressive de sa santé mentale, alimentée par un climat de peur et de tension permanente.
« Quand je suis dans la rue et que je vois une voiture de police, mon cœur s’emballe. Pourtant, je n’ai rien à me reprocher. Cette peur constante m’a détruit psychologiquement », confie-t-il.

Entré aux États-Unis via l’application CBP One, Kesnel Dorlean bénéficiait du Statut de protection temporaire (TPS), un cadre légal qui, selon lui, n’a pourtant jamais réussi à dissiper l’angoisse quotidienne vécue par de nombreux migrants haïtiens. « Même avec des papiers, tu n’es jamais tranquille. Tu vis toujours avec la peur que tout peut basculer du jour au lendemain », ajoute-t-il.

Kesnel Dorlean a quitté les États-Unis le 19 janvier 2025 pour le Brésil, où il est arrivé le lendemain. Avant son départ, il résidait à Orlando, en Floride, après un passage en Pennsylvanie.

Une peur partagée par toute une génération

Le témoignage de Kesnel Dorlean fait écho à celui de nombreux autres jeunes Haïtiens vivant aux États-Unis. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont réagi à son annonce en partageant leur propre expérience.
« Je suis sous TPS aussi, mais chaque jour je vis avec l’anxiété. On travaille, on paie des taxes, mais on se sent toujours indésirables », témoigne Jean Hardy, un Haïtien vivant à New York.

« La nuit, je dors mal. J’ai toujours peur d’un contrôle, d’un changement de loi, d’une décision politique qui va ruiner ma vie », confie Viviane Dorcin, installée en Floride depuis trois ans.
Pour beaucoup, le retour de politiques migratoires plus strictes sous l’administration de Donald Trump ravive des traumatismes anciens et renforce un sentiment d’insécurité psychologique, même chez les migrants en situation régulière.

Un signal d’alarme pour la diaspora haïtienne

Le départ de Kesnel Dorlean marque un tournant symbolique.
Figure influente sur les réseaux sociaux, il représentait pour certains l’exemple d’une réussite possible à l’étranger. Son choix de quitter les États-Unis remet en question le mythe du « rêve américain » pour une partie de la jeunesse haïtienne.

Cette situation relance également les critiques sur l’absence d’un véritable plan de développement en Haïti, poussant des milliers de jeunes à l’exil, souvent au prix de lourdes conséquences psychologiques.

« On fuit l’insécurité en Haïti pour tomber dans une autre forme d’insécurité ailleurs », résume un internaute.
Alors que l’exode des talents haïtiens se poursuit, le témoignage de Kesnel Dorlean met en lumière une réalité souvent passée sous silence : l’exil ne garantit pas toujours la paix, encore moins la dignité.

La Rédaction

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