À peine une semaine après la tenue du Dialogue inter-haïtien à l’hôtel Montana, le Mouvement pour la Réconciliation et la Reconstruction Nationales (MORN) hausse le ton. Lors d’une conférence de presse organisée ce mercredi, ses dirigeants ont exigé l’application intégrale des résolutions adoptées du 1er au 3 février, considérant ces décisions comme une base « légitime et structurante » pour sortir Haïti de la crise politique et institutionnelle.

Décodage Info, le 11 février 2026
Pour le MORN, les Assises de Montana ne constituent pas une simple rencontre politique, mais un acte fondateur. Le mouvement estime que les résolutions issues du dialogue tracent les contours d’une gouvernance de transition renouvelée, capable de rompre avec les impasses actuelles.
Le leader du MORN, Dr Palerme Mathurin, a rappelé l’ambition de la structure — qui regroupe plusieurs dizaines de partis politiques — de placer Haïti sur la trajectoire d’un pays émergent dans les quarante prochaines années. Selon lui, cette vision suppose une refondation profonde des pratiques politiques en vigueur depuis le 7 février 1986. « Il s’agit de changer de paradigme », a-t-il martelé, plaidant pour une transformation structurelle de la gouvernance nationale.
Au cœur des résolutions figure la mise en place d’une gouvernance de transition bicéphale. Le texte adopté le 3 février prévoit une nouvelle architecture institutionnelle destinée à rééquilibrer le pouvoir exécutif et à restaurer la légitimité politique. Les participants ont proposé la juge Jocelyne Casimir pour assurer la présidence de la République. Charles Tardieu, vice-président de la Cour de cassation, a été désigné comme Grand Conseiller représentant la société civile, tandis que Leslie Voltaire a été proposé comme représentant du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Pour le MORN, cette configuration constitue une alternative structurée à l’ordre institutionnel actuel.
L’ancien sénateur Dieupie Chérubin a défendu la participation du mouvement au dialogue, la présentant comme un acte de responsabilité politique.
Il a toutefois critiqué le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, estimant que, malgré le soutien d’une partie de la communauté internationale, celui-ci demeure « un fonctionnaire révoqué ». Dans cette logique, le MORN plaide pour la reconnaissance du Collège présidentiel issu des Assises de Montana. La publication, dans Le Moniteur, d’un décret confiant la direction du pays au Conseil des ministres ne modifie en rien, selon ses responsables, la légitimité des décisions adoptées lors du dialogue.
En exigeant l’application stricte des résolutions de Montana, le MORN relance ainsi le débat sur la légitimité institutionnelle : celle issue d’un processus politique interne ou celle reconnue par les autorités actuellement en place et soutenues à l’international. Dans un contexte marqué par l’instabilité et la défiance généralisée, cette bataille autour de la légitimité apparaît plus que jamais au cœur du débat national.
La Rédaction
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