Haïti : quinze ans d’inflation chronique et de crises à répétition, le constat alarmant de Kesner Pharel

Décodage Info, 14 février 2026

Invité de l’émission Panel Magik le vendredi 13 février, l’économiste Kesner Pharel a dressé un diagnostic sans complaisance de l’évolution de l’inflation en Haïti au cours des quinze dernières années. À travers une lecture chronologique des données, il met en évidence une dégradation progressive, puis brutale, du climat économique national.

Selon lui, la période 2010-2014 correspond à une phase relativement maîtrisée, avec un taux d’inflation moyen de 6,3 %. Malgré les fragilités structurelles de l’économie, le niveau général des prix demeurait alors dans des proportions jugées supportables.
Le second cycle, entre 2015 et 2018, marque un net tournant. L’inflation moyenne grimpe à 13,5 %, soit plus du double de la période précédente.

Cette accélération traduit une perte de stabilité macroéconomique et une vulnérabilité accrue face aux tensions internes.
Mais c’est entre 2019 et 2025 que la situation prend une ampleur inédite. L’inflation moyenne atteint 26,4 %, avec des pics particulièrement élevés, notamment 38,7 % en 2022 et des niveaux similaires en 2023. Pour l’économiste, cette phase constitue l’épisode inflationniste le plus sévère enregistré sur la période étudiée.

Kesner Pharel établit un lien direct entre cette flambée des prix et les crises sociopolitiques successives. Les épisodes de « peyi lòk », qui ont paralysé l’activité économique à plusieurs reprises, ont fortement perturbé la production, la distribution et l’approvisionnement. Le vaste mouvement de blocage de 2019 a ainsi contribué à faire grimper l’inflation à près de 19,7 %.

La pandémie mondiale est venue aggraver les déséquilibres existants, tandis que les tensions liées aux prix du carburant ont propulsé l’inflation vers des seuils proches de 40 % en 2022. En 2024, un nouveau blocage généralisé a presque immobilisé le pays, accentuant la contraction économique.
Les conséquences sociales sont lourdes.

L’érosion du pouvoir d’achat, combinée à la baisse de l’activité économique, a entraîné une progression marquée de la pauvreté. Le taux d’extrême pauvreté, estimé à environ 24 % en 2018, atteindrait aujourd’hui 34 %. Le taux global de pauvreté, autrefois inférieur à 60 %, se rapprocherait désormais de 70 %, signe d’un appauvrissement accéléré de larges segments de la population.

Face à cette trajectoire préoccupante, l’économiste appelle à des réformes structurelles profondes et à un retour à la stabilité politique. Selon lui, seule une transformation durable du cadre institutionnel et économique permettra de freiner la spirale inflationniste et de restaurer les bases d’une croissance soutenable.

DÉCODAGE lNFO

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