Éditorial :remaniement ministériel , le pays à nouveau découpé en morceaux, le peuple le seul perdant


Un remaniement ministériel a eu lieu le lundi 2 mars 2026, à la Villa d’Accueil. Lors d’un Conseil des ministres dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, pas moins de onze nouvelles têtes ont rejoint le gouvernement.

Décodage Info, 3 mars 2026‐

Officiellement, il s’agit de consolider le pacte de renforcement de la transition. Officieusement, cela ressemble surtout à un vaste exercice de répartition politique, où chacun reçoit son portefeuille pendant que le pays continue de s’enfoncer.


Depuis la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition, le 7 février 2026, le Premier ministre gouverne seul. Ce remaniement est présenté comme une étape décisive vers la stabilité. Mais de quelle stabilité parle-t-on ? Celle des alliances politiques ou celle des quartiers livrés aux groupes armés ?


Parmi les nominations, on retrouve Mario Andrésol à la Défense, figure connue du secteur sécuritaire. Stéphanie Smith est nommée au Tourisme, Joseph Almathe Pierre-Louis aux Travaux publics, Transports et Communications, Dumas Pithagore aux Sports.


S’ajoutent Raina Forbin aux Affaires étrangères, Vijonet Déméro à l’Éducation, Sandra Paulemont à la Planification, Marcelin Aubourg à l’Agriculture, Emmanuel Ménard à la Culture et à la Communication, et Marc-Élie Nelson aux Affaires sociales. Onze ministres au total. Onze symboles d’un accord politique que l’on présente comme inclusif.
Mais inclusif pour qui ?


Ce gouvernement dit « de compromis » donne surtout l’impression d’un pays découpé en parts ministérielles, attribuées selon les rapports de force du moment. Chaque camp semble avoir négocié sa présence autour de la table du pouvoir. Le pacte national, brandi comme un bouclier, sert-il réellement la nation ou protège-t-il avant tout les intérêts des acteurs politiques ?


Pendant que l’exécutif se restructure, la réalité reste brutale : l’insécurité paralyse la capitale et les villes de province, l’économie suffoque, les familles fuient leurs quartiers, les jeunes désespèrent. Aucune feuille de route claire n’a été présentée avec des objectifs chiffrés, aucun calendrier précis n’a été rendu public pour les élections. On demande au peuple de faire confiance, encore une fois, sans garanties concrètes.
Le plus troublant est peut-être ce silence sur la responsabilité politique des gouvernements successifs dans l’effondrement actuel.

On change les visages, mais le système reste intact. On redistribue les postes, mais on ne réforme ni l’État ni ses pratiques. Ce remaniement apparaît ainsi moins comme une rupture que comme une continuité maquillée. Une continuité dans la logique de partage du pouvoir, loin des priorités urgentes : sécurité réelle, justice fonctionnelle, relance économique, organisation crédible des élections.


Si dans les prochaines semaines aucune amélioration tangible n’est perceptible, ce remaniement risque d’être perçu comme une manœuvre de survie politique.

Dans un pays morcelé, fragilisé, à bout de souffle, le peuple ne demande pas un nouveau casting ministériel. Il demande des résultats. Et à force de compromis entre élites, c’est lui qui continue de payer le prix fort.

DÉCODAGE lNFO

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