Port-au-Prince, 28 septembre 2026 — Dans une Haïti profondément marquée par l’insécurité, la précarité et l’affaiblissement des institutions, le parcours du pasteur André Muscadin illustre un paradoxe : celui d’un acteur qui s’est progressivement éloigné de la course au pouvoir tout en continuant à intervenir dans les réalités sociales auxquelles la population est confrontée.

Après avoir affiché des ambitions politiques, le pasteur Muscadin a pris ses distances avec la perspective électorale, estimant que les conditions actuelles du pays ne permettent pas, selon sa position, d’envisager sérieusement des élections alors qu’une partie importante de la population vit dans des conditions extrêmement difficiles.
Cette prise de distance avec la compétition électorale ne signifie toutefois pas, dans son discours et ses initiatives, un retrait de la vie publique. Au contraire, son engagement s’est davantage concentré sur l’action sociale, le soutien aux personnes vulnérables, l’agriculture, l’entrepreneuriat et la recherche d’opportunités pour les jeunes.
Le choix de ne pas faire de l’accès au pouvoir politique l’objectif immédiat de son action constitue l’un des éléments les plus marquants de cette nouvelle orientation.
Alors que le débat national reste largement dominé par la question des élections et du renouvellement des institutions, Muscadin insiste davantage sur les conditions de vie de la population. Pour lui, la question électorale ne peut être dissociée de la réalité quotidienne d’une population confrontée à l’insécurité, aux déplacements forcés, au chômage et à la pauvreté.
Son positionnement peut ainsi être résumé par une logique simple : avant de parler de conquête du pouvoir, il faut s’interroger sur la capacité du pays à garantir un minimum de sécurité et de dignité à sa population.
Cette orientation prend une dimension particulière à travers l’église Shalom Tabernacle de Gloire. Depuis plusieurs mois, le lieu a également servi de refuge provisoire à des personnes déplacées par l’insécurité.
La transformation temporaire d’un espace religieux en lieu d’accueil témoigne de l’ampleur de la crise humanitaire qui touche certaines communautés. Elle révèle surtout le déplacement progressif des responsabilités sociales vers des structures religieuses et communautaires lorsque les réponses institutionnelles demeurent insuffisantes.
Malgré cette situation, l’engagement social associé à l’église ne s’est pas interrompu. Les actions en faveur des personnes vulnérables et les initiatives sociales continuent d’être mises en avant, dans un contexte où les besoins restent considérables.
C’est précisément sur ce point que le parcours du pasteur Muscadin mérite d’être observé au-delà des controverses politiques qui l’entourent.
Même après avoir pris ses distances avec la perspective électorale, il continue de défendre l’idée que l’action en faveur des plus vulnérables ne peut pas être suspendue en attendant une éventuelle alternance politique.
Son approche privilégie désormais davantage l’intervention directe : accompagner, soutenir, produire, créer des opportunités et répondre, dans la mesure de ses moyens, à certaines urgences sociales.
Cette démarche comporte néanmoins des limites. Une organisation religieuse ou un acteur privé ne peut durablement remplacer les institutions publiques. La sécurité, l’éducation, les infrastructures, la protection sociale et la création d’un environnement économique stable nécessitent des politiques publiques et des institutions capables d’agir à l’échelle nationale.
Le contraste est donc saisissant : renoncer à la conquête immédiate du pouvoir tout en continuant à agir dans une société qui en réclame davantage.
Le pasteur Muscadin peut porter une vision, mobiliser des ressources et soutenir des personnes en difficulté. Mais son action demeure confrontée aux limites imposées par une crise qui dépasse largement les capacités d’un individu ou d’une communauté religieuse.
C’est là que se trouve peut-être la principale interrogation autour de son parcours : que peut accomplir un homme qui affirme vouloir contribuer au changement sans disposer des leviers institutionnels du pouvoir ?
La réponse ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les déclarations. Elle doit être recherchée dans les résultats concrets des initiatives annoncées ou menées sur le terrain.
Le nombre de personnes accompagnées, la continuité des projets, les emplois effectivement créés, les initiatives agricoles développées et l’impact des actions sociales constituent autant d’éléments permettant d’apprécier la portée réelle de cet engagement.
Une chose demeure néanmoins : le retrait d’une ambition électorale ne signifie pas nécessairement le retrait de la société.
Dans le cas de Muscadin, l’abandon de la course au pouvoir, tel qu’il le présente, semble plutôt s’accompagner d’un déplacement du combat : de la conquête des institutions vers l’action auprès des communautés.
Et dans une Haïti où les plus vulnérables attendent encore des réponses concrètes, cette question reste entière : peut-on transformer durablement une société sans exercer le pouvoir, ou faut-il d’abord reconstruire les conditions permettant à la vision de devenir une politique publique ?
Junior Garçon
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