Camps de déplacés : l’État veut vider, mais où renvoyer les familles ?

Port-au-Prince, 31 octobre 2026. – Alors que les autorités haïtiennes accélèrent les démarches pour libérer plusieurs sites occupés par des personnes déplacées, une question essentielle reste sans réponse : où iront ces familles ? Derrière cette volonté de vider les camps, aucune préparation concrète de relogement ne semble clairement établie, alors que l’insécurité continue de ravager plusieurs quartiers populaires.

Dans plusieurs autres sites accueillant des personnes déplacées, des familles ont déjà commencé à partir dans le cadre des démarches annoncées par les autorités. Toutefois, la situation reste différente au camp de l’église Shalom Tabernacle de Gloire, dirigée par le pasteur André Muscadin. Jusqu’au 31 octobre, aucune démarche concrète de l’État n’a été annoncée sur ce site. Aucune intervention officielle n’a été signalée pour organiser le départ des occupants, malgré les engagements précédemment évoqués concernant leur relocalisation.

Ce silence des autorités soulève davantage de questions sur le calendrier et les modalités de cette opération. Alors que les familles vivant dans d’autres camps commencent à chercher où aller, celles de Shalom Tabernacle de Gloire restent dans l’attente de dispositions concrètes. L’État compte-t-il intervenir prochainement sur ce site ? Où sont les solutions de relogement promises et quelles garanties seront offertes aux occupants ?

À travers l’Office national de la migration (ONM), l’État avait annoncé une assistance de 100 000 gourdes par famille bénéficiaire. Mais cette aide financière suffit-elle à garantir un retour digne et sécurisé ?

La majorité des personnes déplacées ont fui leurs quartiers pour échapper aux violences des groupes armés. Aujourd’hui encore, les tirs continuent de retentir dans plusieurs zones défavorisées. Dans ces conditions, comment demander à ces familles de rentrer chez elles alors que les problèmes qui les ont poussées à fuir persistent ?

L’État compte-t-il les déposer dans leurs anciennes résidences et les laisser affronter à nouveau les groupes armés ? Que se passera-t-il si, quelques semaines ou quelques mois après leur retour, elles sont contraintes de reprendre le chemin des rues et des camps de fortune ?
Cette situation intervient dans un contexte de multiplication des manifestations de personnes déplacées à Delmas et à Port-au-Prince. Barricades, pneus enflammés et mouvements de protestation témoignent du désespoir de populations qui réclament davantage qu’une simple évacuation : elles veulent un logement, de la sécurité et des garanties pour leur avenir.

L’absence de visibilité sur les mesures d’accompagnement donne également l’impression que les autorités accordent davantage de priorité à la récupération des espaces occupés qu’à la situation humaine des familles qui y vivent. Pourtant, ces citoyens ne sont pas responsables de leur déplacement. Ils sont les victimes d’une crise sécuritaire que les pouvoirs publics peinent encore à maîtriser. Avant d’exiger leur départ, l’État devrait présenter un calendrier précis, identifier les possibilités d’hébergement et expliquer comment il compte prévenir de nouveaux déplacements.

Plus inquiétant encore, un retour précipité pourrait exposer ces familles à un nouveau cycle de violences et de déplacements. Sans présence sécuritaire durable, sans protection des biens et sans accompagnement social, les efforts de relocalisation risquent de n’être que temporaires. Les autorités doivent donc répondre clairement à une préoccupation majeure : veulent-elles réellement permettre aux déplacés de reconstruire leur vie ou simplement libérer les camps pour répondre à une urgence administrative et institutionnelle ?

Au-delà de la libération des espaces occupés, les autorités doivent expliquer quelles dispositions elles ont réellement prises. Des logements alternatifs ont-ils été identifiés ? Les quartiers concernés sont-ils suffisamment sécurisés ? Un dispositif est-il prévu pour protéger les familles après leur retour ?

Vider les camps sans garantir un endroit sûr où aller ne résout pas la crise des déplacés. Cela risque simplement de déplacer une nouvelle fois des familles déjà victimes de l’insécurité. L’urgence pour l’État n’est pas seulement de libérer les espaces occupés, mais de créer les conditions permettant à ces citoyens de retrouver durablement leurs domiciles sans craindre d’en être à nouveau chassés.

Junior Garçon
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