Un an après le drame sanglant du 24 décembre 2024 à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), les cicatrices sont toujours béantes, notamment dans la presse haïtienne.

Dans une vidéo publiée ce mercredi 24 décembre 2025, l’ancien ministre de la Santé publique, le Dr Duckenson Lorthé Bléma, tente de livrer sa version des faits autour de cette réouverture avortée qui a coûté la vie à des journalistes et à un policier.
Mais derrière ce récit tardif se dessine surtout l’image d’une opération mal préparée, politiquement improvisée et institutionnellement irresponsable, dont les conséquences continuent de hanter la mémoire collective.
Une fermeture prolongée et un contexte explosif
L’HUEH était fermé depuis près de dix mois en raison de la présence de gangs armés contrôlant plusieurs axes stratégiques du centre-ville de Port-au-Prince, rendant toute activité hospitalière extrêmement risquée.
Une réouverture annoncée sans sécurisation effective
Le 24 décembre 2024, les autorités sanitaires ont annoncé la reprise des activités de l’hôpital sans qu’aucun périmètre de sécurité permanent n’ait été établi par la Police nationale d’Haïti (PNH), ni qu’un plan opérationnel conjoint MSPP–forces de l’ordre ne soit rendu public.
Des journalistes exposés en première ligne
Plusieurs professionnels de la presse, présents pour couvrir l’événement, ont été pris sous des tirs nourris. Le bilan officiel fait état de deux journalistes tués Marckendy Nathoux et Jimmy Jean et plusieurs blessés graves reconnaissables à vie, ainsi que de la mort d’un agent de la PNH tombé dans l’exercice de ses fonctions.
Un “couloir humanitaire” improvisé.
La tentative de réouverture reposait grande partie sur les épaules d’une activiste politique censée de faciliter des échanges avec l’ex titulaire du MSPP et les gangs armés, afin de créer un passage humanitaire une démarche inhabituelle, non institutionnelle et largement critiquée par les observateurs.
Aucune reddition de comptes un an après :
À ce jour, aucune enquête publique indépendante n’a clairement établi les responsabilités administratives et politiques, tandis que le Conseil présidentiel de transition (CPT) n’a présenté ni calendrier crédible ni stratégie sécuritaire claire pour une réouverture durable du plus grand centre hospitalier du pays.
Un an plus tard, le Dr Duckenson Lorthé Bléma parle de courage et de sens du devoir, pendant que les familles des journalistes et du policier tués comptent leurs morts. Le CPT, lui, observe un silence gêné, comme si le sang versé relevait d’un simple dommage collatéral de transition.
Car au HUEH, ce ne sont pas seulement des balles qui ont fauché des vies, mais l’improvisation d’État, l’arrogance décisionnelle et l’absence totale de planification. En Haïti, on n’improvise pas une réouverture d’hôpital en zone de guerre : on l’organise.
Faute de quoi, l’histoire retiendra que ce 24 décembre 2024, l’État a rouvert un hôpital, tout en fermant les yeux sur ses responsabilités.
La Rédaction
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