Port-au-Prince, 9 janvier 2026–Lorsque le Premier ministre , Alix Didier Fils Aimé, affirme avec assurance « Sekirite sou wout nou pa bezwen dezespere » lors de la réception de membres de la force multinationale, ses propos résonnent moins comme un message d’espoir que comme une insulte à l’intelligence collective. Dans un pays où l’insécurité tue chaque jour, ces mots sonnent creux. Ils illustrent surtout l’abîme qui sépare le discours officiel de la réalité vécue par une population livrée à elle-même. Car pendant que le chef du gouvernement multiplie les déclarations rassurantes, la violence armée s’étendait, les gangs renforcaient leur emprise territoriale et les routes nationales se transforment en pièges mortels pour les Haïtiens.

Sur le terrain l’État recule, abandonne, capitule, bref devient le symbole d’un pouvoir qui ne protège pas : il observe, il tolère, il laisse faire.
Dans ce contexte, parler de gouvernance relève de la fiction. Ce qui se met en place ressemble davantage à une prédation politique, exercée sur un peuple déjà exsangue.
Plutôt que d’affronter l’urgence sécuritaire, le Premier ministre a consacré une énergie considérable à des conflits internes, notamment avec l’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti. Des querelles de pouvoir stériles, menées au sommet, pendant que la population faisait face à la faim, aux balles et à la peur quotidienne. Ce choix révèle une logique claire : préserver des positions, non sauver des vies.
La victoire politique revendiquée par Alix Didier Fils Aimé dans ces luttes internes est une victoire vide, sans impact réel sur le quotidien des citoyens. Aucune route n’a été sécurisée. Aucun territoire n’a été repris. Aucune autorité de l’État n’a été restaurée. Gouverner ainsi, c’est consommer le pouvoir sans assumer la responsabilité. C’est agir en prédateur, pas en dirigeant.
Cette posture s’inscrit dans la continuité du Conseil présidentiel de transition (CPT), dont le Premier ministre n’est que le prolongement. Même immobilisme, même incapacité structurelle, même mépris des urgences vitales. La transition, présentée comme un remède à l’effondrement de l’État, s’est transformée en système de capture, où une minorité se maintient pendant que la majorité survit.
Aujourd’hui, le constat est partagé par une part croissante de la société : ce pouvoir a perdu toute légitimité morale et politique.
Il ne gouverne plus pour le peuple, mais au détriment du peuple. Par son inaction, il participe à la destruction du pays. Cette responsabilité n’est pas seulement politique ; elle est historique. La non-assistance à une population en danger devient une forme de prédation institutionnelle.
Un État dirigé par des prédateurs ne peut protéger ses citoyens. Il les expose. Tant que cette logique dominera le sommet de l’État, Haïti restera un territoire de proies, et non une nation de droits. La sortie de crise ne viendra pas de ceux qui profitent du chaos, mais de leur départ.
La Rédaction
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