Le Conseil présidentiel de transition (CPT) a franchi un pas inquiétant en publiant, le 26 décembre 2025, un décret controversé susceptible de restreindre considérablement la liberté de la presse en Haïti. Présenté comme un texte encadrant la diffamation, ce décret, notamment à travers son article 11, risque en réalité de transformer le journalisme en terrain miné, tout en offrant un boulevard aux corrompus et aux prédateurs de l’administration publique. Au cœur de la polémique, une disposition impose aux journalistes de révéler leurs sources, en contradiction flagrante avec l’article 28.2 de la Constitution haïtienne qui stipule que « le journaliste ne peut en aucun cas être contraint de révéler ses sources ». En remettant en cause ce principe fondamental, le CPT fragilise l’un des piliers essentiels du journalisme d’investigation.

Decodage info, 11 janvier 2026
Le décret définit la diffamation comme toute « allégation ou imputation de faits portant atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne ou d’un groupe ». Une définition volontairement large, laissant la porte ouverte à des interprétations abusives et à une instrumentalisation politique ou judiciaire contre les médias.
Dorénavant, la diffamation par voie publique, écrite, audiovisuelle ou numérique est passible d’un emprisonnement de 1 à 3 ans, assorti d’une amende de 25 000 à 50 000 gourdes.
Cette criminalisation du délit de presse est jugée incompatible avec les standards démocratiques modernes, qui privilégient généralement des sanctions civiles plutôt que pénales.
Plus inquiétant encore, le décret crée une catégorie spécifique de « délits de presse et de communication en ligne », incluant l’injure, la propagation de fausses nouvelles susceptibles de troubler l’ordre public, le cyberharcèlement et les discours haineux.
Ces infractions sont passibles de 6 mois à 3 ans de prison, ainsi que d’amendes pouvant atteindre 100 000 gourdes, sans préjudice des réparations civiles.
Dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité, l’effondrement institutionnel et la corruption, ce texte suscite une vive inquiétude au sein de la corporation journalistique. Plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse craignent qu’il ne soit utilisé comme outil de répression, destiné à intimider les journalistes, freiner les enquêtes sensibles et réduire au silence toute voix critique.
À l’heure où la presse constitue l’un des rares remparts contre la corruption, l’impunité et les abus de pouvoir, ce décret place les journalistes haïtiens devant un dilemme dangereux : se taire pour survivre ou informer au risque de la prison. Tandis que les corrupteurs bénéficient d’un écran juridique protecteur, ceux qui enquêtent et révèlent les faits sont menacés de sanctions pénales. Loin de renforcer l’État de droit, ce texte risque d’enfoncer le pays dans l’opacité, la peur et le recul démocratique.
La Rédaction
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