Kenskoff : un an de terreur et un cri de détresse face à l’emprise des gangs

Décodage Info, 27 janvier 2026

Ce mardi 27 janvier 2026 marque exactement un an depuis que des gangs armés ont envahi la commune de Kenskoff, plongeant cette zone stratégique des hauteurs de Port-au-Prince dans une spirale de violences sans précédent. Entre massacres, pillages et destruction du tissu économique local, le bilan dressé par les autorités communales est alarmant : plus de 450 personnes ont été tuées. Alors que la Police nationale d’Haïti (PNH) tente de reprendre l’initiative dans certains secteurs de la capitale, Kenskoff reste, en grande partie, sous la coupe des groupes armés.

Le jour où Kenskoff a basculé

Le 27 janvier 2025, des bandes armées faisaient irruption dans la section communale de Bongard, notamment dans la zone de Berly, avant de progresser vers des points stratégiques tels que Mont Platon, Furcy, Carrefour-Comp et la 4e section Belle-Fontaine. En quelques heures, la commune basculait dans l’horreur.
Un an plus tard, le magistrat Massillon Jean, agent exécutif intérimaire de Kenskoff, dresse un bilan humain particulièrement lourd. Selon lui, plus de 450 habitants ont été assassinés, pour la plupart de simples citoyens armés uniquement d’outils de jardinage, utilisés pour cultiver leurs terres.

Des forces de l’ordre lourdement éprouvées

À la suite de cette incursion, les forces de l’ordre ont lancé plusieurs opérations contre les groupes armés. Mais ces interventions ont eu un coût élevé. Plusieurs policiers sont tombés au combat, tout comme des soldats des Forces armées d’Haïti (FAd’H) et des membres des brigades de vigilance mobilisées pour défendre la commune.

Un désastre économique et touristique

Les conséquences économiques sont tout aussi dramatiques. Des fleurons du tourisme local, tels que les hôtels The Lodge, Le Montcel et Camp Zoé, ont été pillés ou incendiés. Une ferme écologique de renommée internationale a été saccagée.
Les paysans, véritables piliers de l’économie locale, ont perdu leur bétail et vu leurs plantations systématiquement détruites, privant la commune de ses principales sources de revenus.

Un calme précaire et une crise humanitaire persistante

Si le centre-ville de Kenskoff connaît aujourd’hui un « calme apparent », assuré par une présence policière permanente, la situation demeure extrêmement fragile. Les sections communales restent majoritairement sous le contrôle des criminels, transformant ces zones agricoles en sanctuaires inaccessibles. Cette occupation prolongée a engendré une crise humanitaire majeure.

Des milliers de déplacés internes vivent dans des sites d’hébergement précaires ou chez des familles d’accueil, sans accès régulier à la nourriture ni aux soins de base. « L’accès aux hôpitaux, même pour des urgences vitales comme les césariennes, est devenu un véritable parcours du combattant », déplore le magistrat Massillon Jean.

Un appel pressant à l’État

Face à cette impasse, Massillon Jean rejette catégoriquement toute idée de collaboration avec les gangs. Il appelle l’État central à mener des opérations simultanées “en amont et en aval”, afin d’éviter que les bandits ne se déplacent simplement d’une zone à une autre.

Le magistrat plaide également pour un renforcement immédiat des effectifs au sol, appuyé par un soutien aérien, afin de démanteler les foyers criminels retranchés dans les hauteurs. « L’unité entre les secteurs politiques, religieux et communautaires est notre seul levier pour reconquérir le territoire », a-t-il martelé.

Entre recueillement et riposte policière

Alors qu’une messe de commémoration a été célébrée à Kenskoff en mémoire des victimes, la PNH a, de son côté, porté un coup dur aux réseaux criminels au cœur de Port-au-Prince. Dans la nuit du lundi 26 au mardi 27 janvier 2026, une opération d’envergure menée au marché Salomon a permis de neutraliser huit individus armés.

Selon une note officielle de l’institution policière, de violents échanges de tirs ont éclaté, faisant également plusieurs policiers blessés.
Au cours de cette intervention, les forces de l’ordre ont saisi un fusil d’assaut AR-15, un M16, quatre chargeurs, ainsi qu’un sac contenant des fils électriques.

Une bataille encore loin d’être gagnée
Cette opération illustre la volonté de la PNH d’intensifier ses offensives dans le centre-ville de Port-au-Prince.

Toutefois, la libération totale des zones périphériques, notamment Kenskoff, demeure un défi majeur pour les autorités, un an après le début de l’occupation armée.

La Rédaction

DÉCODAGE lNFO

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